Vous avez déjà entendu dire qu’un compost devait être “équilibré”, ou qu’un paillis pouvait “provoquer une faim d’azote” ?
Tout cela repose sur un principe simple mais fondamental : le rapport entre le carbone (C) et l’azote (N).
Comprendre ce rapport, c’est comprendre la manière dont la matière organique se décompose — que ce soit dans un composteur, sous un paillis ou directement dans le sol.
C’est la clé d’un potager vivant, fertile et durable.
Pourquoi le rapport Carbone / Azote est-il si important ?
Pour bien se développer, les micro-organismes qui décomposent la matière organique ont besoin de deux sources d’énergie (en simplifiant) :
- Le carbone, qui leur sert de “carburant” (source d’énergie),
- L’azote, qui leur sert à construire leurs cellules et à se multiplier.
S’il y a trop de carbone, la décomposition devient lente, car les micro-organismes “manquent de protéines”.
S’il y a trop d’azote, tout s’emballe : le compost chauffe trop, fermente, et peut dégager de mauvaises odeurs.
Le bon équilibre permet une décomposition régulière, sans perte d’éléments nutritifs.
Le rapport C/N idéal pour un compost équilibré
Dans un compost, le rapport C/N idéal se situe entre 25 et 35.
Cela signifie qu’il faut 25 à 35 fois plus de carbone que d’azote.
À ce niveau, les micro-organismes travaillent de manière optimale :
la matière se transforme vite, sans excès de chaleur ni mauvaises odeurs.
Si le compost contient trop d’azote :
- Il chauffe trop, dégage une odeur d’ammoniac, voire devient collant.
➡️ Ajoutez alors des matières riches en carbone (paille, feuilles mortes, BRF…).
Si le compost contient trop de carbone :
- Il reste froid, sec et met longtemps à se décomposer.
➡️ Ajoutez des matières vertes (tonte, épluchures, consoude, orties…).
En pratique : 1 seau de matière “verte” pour 2 seaux de matière “brune”
suffit à garder un bon équilibre, sans calculs compliqués.
Le rapport C/N dans le sol et les paillis : attention à la faim d’azote
Le rapport C/N ne concerne pas seulement le compost.
Dès que vous déposez de la matière organique au sol (paille, feuilles, BRF…), les micro-organismes vont commencer à la décomposer.
Mais pour ça, ils ont besoin d’azote — qu’ils vont parfois “emprunter” au sol.
Ce phénomène s’appelle la faim d’azote.
Qu’est-ce que la faim d’azote ?
Quand une matière très carbonée (paille, copeaux, BRF, feuilles sèches) est apportée au sol, les micro-organismes utilisent l’azote du sol pour équilibrer leur nourriture.
Résultat :
pendant quelques semaines, les plantes en place peuvent manquer d’azote,
montrer des feuilles jaunies ou une croissance ralentie.
Heureusement, c’est temporaire :
Une fois la matière bien entamée, l’azote “bloqué” est restitué progressivement au sol.
C’est le cycle naturel de la matière organique.
Comment éviter ou corriger une faim d’azote ?
- Mélangez vos paillis carbonés avec un peu de matière azotée : tonte, compost demi-mûr, consoude ou orties hachées.
- Évitez d’enfouir la paille ou le BRF dans le sol : laissez-les en surface.
- Observez vos plantes : si les jeunes feuilles jaunissent, c’est que la microfaune “travaille trop bien” — elle consomme temporairement l’azote disponible.
- Patientez : en quelques semaines, l’équilibre se rétablit naturellement.
Dans mon potager, j’intègre toujours un peu de compost demi-mûr ou des herbes fraiches sous les paillis riches en carbone.
C’est suffisant pour éviter la faim d’azote et nourrir la vie du sol.
Le rapport C/N dans les engrais verts
Les engrais verts obéissent à la même logique :
- Les légumineuses (vesce, trèfle, féverole…) sont riches en azote : elles nourrissent la vie du sol.
- Les graminées (seigle, avoine, blé…) sont riches en carbone : elles structurent la matière et limitent les pertes d’eau.
Associer les deux permet d’obtenir un équilibre naturel entre structuration du sol et fertilisation.
Exemple : semer vesce + avoine à l’automne est un excellent duo pour préparer une planche de culture de tomates ou courgettes.
Tableau du rapport C/N des principales matières organiques
Les matières riches en carbone (“brunes”) structurent le compost et évitent les odeurs.
Les matières riches en azote (“vertes”) nourrissent les micro-organismes et accélèrent la décomposition.
Mélangez toujours des matières à faible rapport C/N (10–20) avec des matières à rapport élevé (80–150) pour un compost équilibré autour de 30.
En résumé, et pour simplifier :
Le rapport C/N n’est pas une formule à apprendre par cœur, mais un outil d’observation.
Un compost ou un sol équilibré, c’est avant tout un lieu où la vie circule :
bactéries, champignons et vers de terre font le travail pour vous.
Mélangez les petits rapports avec les grands,
observez la réaction de votre sol,
et ajustez au fil des saisons.
C’est en comprenant ces équilibres simples que l’on finit par nourrir la terre autant qu’elle nous nourrit.

