Nezara viridula au stade juvénile à côté d’une tomate présentant des zones de maturation irrégulière

Punaises sur les tomates : quelles espèces et quels dégâts ?

Les punaises peuvent provoquer des dégâts assez discrets sur les tomates : petits points de piqûre, plages blanchâtres ou jaunâtres, maturation irrégulière et zones de chair qui restent anormalement fermes sous la peau. Ces symptômes sont parfois difficiles à relier immédiatement à leur responsable, surtout lorsque l’insecte n’est plus présent sur le fruit au moment où les marques deviennent visibles.

Parmi les espèces rencontrées sur tomate, Nezara viridula, aussi appelée punaise verte ponctuée, est l’une des plus importantes à connaître. Son identification n’est pas toujours évidente, car son apparence change fortement au cours de ses cinq stades juvéniles avant d’atteindre la forme adulte verte caractéristique.

Dans cet article, je vais surtout m’attarder sur Nezara viridula, l’espèce que j’ai le plus souvent observée sur mes tomates, afin de voir comment la reconnaître et quels dégâts rechercher sur les fruits. J’évoquerai également Spilostethus pandurus, rencontré lui aussi sur les tomates, sans pour autant pouvoir lui attribuer les dégâts observés.

Quelles punaises trouve-t-on sur les tomates ?

Comment reconnaître Nezara viridula ?

Nezara viridula, communément punaise verte ponctuée ou punaise verte du soja, appartient aux Pentatomidae, les punaises dont le corps forme typiquement une sorte de bouclier.

L’adulte mesure environ 12 à 16 mm. En saison, il est généralement vert, parfois légèrement jaunâtre. Plusieurs petits points clairs situés à l’avant du scutellum constituent un caractère utile pour l’identifier. Les antennes présentent également des portions colorées qui peuvent aider à la distinguer d’autres punaises vertes.

Mais c’est surtout avant le stade adulte que l’identification devient déroutante.

Nezara viridula passe par cinq stades juvéniles successifs. Son apparence évolue considérablement au cours de son développement : les jeunes nymphes sont sombres et fortement contrastées, tandis que les derniers stades deviennent largement verts avec des marques claires, noires et rougeâtres.

Jeunes nymphes, stade V et adulte de Nezara viridula observés sur tomate
L’apparence de Nezara viridula change fortement au cours de son développement : jeunes nymphes sombres, stade V plus coloré puis adulte vert.

Dans mon potager, j’ai pu photographier trois aspects particulièrement différents de l’espèce. Les plus jeunes individus observés ne mesuraient qu’environ 2 mm et étaient presque noirs. Leur taille et leur coloration correspondent probablement à un stade II. Au centre, le cinquième et dernier stade juvénile est déjà largement vert et approche l’apparence de l’adulte (à droite), tout en conservant des motifs très visibles sur le dos.

Sans connaître cette transformation, il serait assez facile de croire que plusieurs espèces différentes colonisent le même plant de tomates.

Ce que j’ai observé sur mes plants de tomates

Les premières Nezara viridula sont apparues chez moi (à Angers) autour du 20 août. Je les ai d’abord observées à l’extérieur, puis leur présence est devenue beaucoup plus nette dans la serre.

Environ une dizaine de plants étaient concernés et j’ai retiré une vingtaine d’individus au cours des semaines suivantes. Il s’agissait principalement de juvéniles à des stades avancés, notamment des stades V, accompagnés de quelques adultes.

Les juvéniles se cachent souvent sous les fruits, notamment sous les grosses tomates de la serre. Il m’est arrivé de trouver quatre ou cinq punaises regroupées sous un même fruit alors qu’une inspection rapide du plant ne révélait rien.

Le 14 septembre, j’ai découvert une autre situation : un groupe de très jeunes nymphes, d’environ 2 mm, installé sur une tomate encore verte. Elles restente cachés entre les sépales, autour du calice. Malgré une recherche attentive sur les feuilles et autour du bouquet, je n’ai pas retrouvé l’ooplaque dont ces jeunes nymphes pouvaient provenir.

Jeunes nymphes de Nezara viridula regroupées autour du calice d’une tomate verte
De très jeunes Nezara viridula, d’environ 2 mm, regroupées autour du calice et entre les sépales d’une tomate verte.

Spilostethus pandurus : présent sur les tomates, mais responsable des dégâts ?

J’ai également observé Spilostethus pandurus, une punaise rouge et noire, directement sur mes plants et sur plusieurs fruits. La tomate fait bien partie des plantes sur lesquelles cette espèce peut se nourrir étant donné que c’est une punaise très polyphage, connue pour s’attaquer à différentes cultures.

Il est toutefois plus difficile de relier sa présence à un symptôme précis sur la tomate. Contrairement à Nezara viridula, je n’ai pas trouvé de description suffisamment solide d’un type de lésion caractéristique permettant d’attribuer une marque du fruit à cette espèce.

Dans mon potager, je l’ai notamment retrouvée sur des tomates déjà percées par des chenilles de noctuelles. Elle pourrait donc, au moins dans certains cas, profiter de tissus déjà endommagés plutôt qu’être responsable du trou initial.

Spilostethus pandurus posé sur une tomate au potager
Spilostethus pandurus observé directement sur une tomate. Sa présence sur le fruit ne suffit pas, à elle seule, à lui attribuer les dégâts visibles.

À quoi ressemblent les dégâts de punaises sur les tomates ?

Les symptômes des punaises peuvent prendre la forme de :

  • petits points ;
  • plages blanchâtres ou jaunâtres ;
  • coloration irrégulière ;
  • zones du fruit qui mûrissent moins bien que le reste.

Ces symptômes peuvent devenir plus visibles au cours de la maturation. Il est donc tout à fait possible de remarquer une tomate marquée alors que la punaise qui l’a piquée n’est plus présente depuis plusieurs jours.

Que se passe-t-il sous la peau ?

Les punaises disposent d’un appareil buccal piqueur-suceur. Avec leurs stylets, elles pénètrent les tissus du fruit, injectent une salive contenant des enzymes digestives puis aspirent les matières végétales ainsi dégradées.

Les dégâts ne se limitent pas à la surface.

Sous les zones atteintes, les tissus peuvent devenir blanchâtres et spongieux tout en restant anormalement fermes à maturité. La coloration et la texture de la chair diffèrent alors nettement du reste de la tomate.

Ce type d’altération est souvent désigné dans la littérature anglophone sous le nom de cloudy spot, littéralement « tache nuageuse ».

Ce que j’ai constaté sur mes tomates

J’ai examiné plusieurs tomates présentant des plages claires ou une maturation irrégulière. En soulevant l’épiderme au niveau des zones atteintes, j’ai observé une chair plus blanche et plus dure que dans les parties saines du même fruit.

Dégâts de punaise sur tomate avec zone décolorée, tissus blanchâtres sous la peau et comparaison avec une chair saine
De gauche à droite : zone de piqûres visibles et , tissus blanchâtres sous la peau, puis comparaison avec une partie saine de la même tomate.

Ces observations correspondent bien aux altérations des tissus décrites après les piqûres de punaises.

Où chercher les punaises sur les plants de tomates ?

Chez moi, les punaises ont souvent été trouvés sous les fruits, parfois plusieurs sur la même tomate. Soulever légèrement les gros fruits permet donc de découvrir des individus qui seraient invisibles depuis le dessus du plant.

Les très jeunes nymphes demandent une inspection différente. Le groupe découvert en septembre était en grande partie installé autour du calice et entre les sépales. Avec une taille d’environ 2 mm et une coloration sombre, ces jeunes punaises sont faciles à manquer.

Le revers des feuilles reste également à inspecter, notamment pour rechercher les pontes. Les œufs de Nezara viridula sont regroupés en ooplaques, généralement constituées de nombreux petits œufs disposés côte à côte. Je n’en ai personnellement pas encore trouvé malgré mes recherches.

Les adultes sont plus faciles à reconnaître mais m’ont semblé beaucoup plus mobiles que les juvéniles. Ils peuvent rapidement se déplacer ou tenter de s’échapper lorsqu’on les dérange.

Au final, mon inspection se concentre donc surtout sur les fruits eux-mêmes, leur face inférieure, la zone située autour du pédoncule et du calice, puis le revers des feuilles.

Comment attraper les punaises sur les tomates ?

Intervenir lorsqu’elles sont encore peu nombreuses

Le ramassage manuel est particulièrement intéressant lorsqu’on détecte les premiers individus et que le nombre de plants reste raisonnable.

Depuis fin août, j’ai retiré environ vingt Nezara viridula. Après ces captures répétées, leur présence a nettement diminué, mis à part les nymphes de l’éclosion récente. Concernant les stades plus avancés, je peux encore trouver ponctuellement un individu, mais je ne retrouve plus la même quantité qu’au début.

Ce résultat correspond uniquement à la situation de mon potager. Dans une serre très colonisée ou sur une grande surface maraîchère, le ramassage manuel peut rapidement devenir trop chronophage.

Ma méthode avec un bocal

J’utilise un simple bocal en verre.

Je l’approche au plus près de la punaise puis je pousse doucement l’insecte à l’intérieur ou je le fais tomber dans le récipient. Je referme immédiatement le couvercle avant de poursuivre l’inspection.

Les punaises sont très actives une fois dans le bocal et les adultes, en particulier, sont rapides. En rouvrant plusieurs fois le même récipient, certains individus peuvent facilement tenter d’en ressortir. Lorsque j’en trouve plusieurs, utiliser plusieurs bocaux peut donc simplifier le ramassage.

Un autre détail devient vite évident : lorsqu’elles sont regroupées dans un petit récipient, les punaises dégagent une odeur très marquée. Là encore, mieux vaut garder le bocal fermé entre deux captures.

Chercher aussi les jeunes punaises et les œufs

Les adultes ne sont qu’une partie du problème.

Le groupe de très jeunes nymphes découvert autour d’une tomate verte montre l’intérêt d’intervenir avant leur dispersion. Plusieurs dizaines de très petits individus peuvent occuper une zone extrêmement restreinte du plant et rester presque invisibles entre les sépales.

Lorsque l’on trouve une ooplaque correctement identifiée, son retrait mécanique peut également éviter l’apparition d’un nouveau foyer.

Il faut cependant garder à l’esprit que les œufs de punaises peuvent être parasités naturellement par de petits hyménoptères. Des œufs parasités changent souvent d’aspect et s’assombrissent. L’observation reste donc préférable à une destruction aveugle de toutes les pontes inconnues trouvées au jardin.

Que faire si le ramassage ne suffit plus ?

Lorsque les punaises deviennent trop nombreuses pour être retirées individuellement, la gestion devient plus compliquée.

Sous abri, des filets insect-proof peuvent limiter les entrées lorsqu’ils sont correctement installés.

En maraîchage sous abri, le parasitoïde Trissolcus basalis est également utilisé ou étudié comme auxiliaire de biocontrôle contre Nezara viridula. Cette petite guêpe parasite les œufs de la punaise.

Les phéromones et les cultures pièges à base de sorgho ou de tournesol font également l’objet de travaux. Ces plantes peuvent attirer les punaises, mais attirer un ravageur n’est utile que si les individus ainsi concentrés sont ensuite gérés.

Peut-on manger une tomate piquée par une punaise ?

Oui, une tomate présentant simplement des dégâts de punaise reste généralement consommable si elle est saine et ne montre aucun signe de pourriture.

Le principal problème est souvent qualitatif.

Les tissus situés sous les zones piquées peuvent rester blanchâtres, fermes, spongieux ou insuffisamment mûrs. Leur texture peut être désagréable et la qualité gustative du fruit s’en ressentir.

Ces zones peuvent être retirées si leur texture ou leur goût sont gênants.

Dans mon cas, j’ai consommé certaines tomates après avoir éliminé les parties les plus dures. D’autres fruits étaient en revanche tellement affectés, avec une chair restant dure et une maturation très irrégulière, que je les ai finalement écartés.

Il n’est pas nécessaire de découper ces tissus parce qu’ils contiendraient une supposée « toxine » injectée par la punaise. Le problème est surtout l’altération physique et organoleptique de la chair.

Il faut en revanche faire la différence entre une simple zone décolorée et un fruit qui commence réellement à se dégrader.

Si la tomate devient molle, présente une pourriture, une fermentation, une odeur anormale ou de la moisissure, mieux vaut l’écarter. Une piqûre peut constituer une porte d’entrée supplémentaire pour différents microorganismes responsables d’altérations secondaires.

L’état général du fruit reste donc plus important que la simple présence d’une ancienne marque de piqûre.

Comment limiter le retour des punaises sur les tomates ?

L’enseignement principal que je retiens est l’intérêt de la détection précoce.

Une petite population peut facilement passer inaperçue : grands juvéniles et adultes cachés sous les fruits, très jeunes nymphes regroupées entre les sépales ou sous une feuille. Il faut donc inspecter et vérifier régulièrement sous les fruits, en particulier sous serre, ainsi que les abords de la culture. En effet les punaises peuvent aussi se nourrir de plantes adventices voire même de plantes compagnes : elles peuvent par exemple trouver refuge dans la capucine.

Sous serre, pour la saison prochaine, je réfléchis à l’installation d’un filet insect proof aux deux entrées.

Il faut aussi savoir que Nezara viridula passe l’hiver à l’état adulte dans des endroits protégés. Sous abri, les structures de la serre ou d’autres refuges peuvent donc permettre à certains individus de survivre jusqu’à la saison suivante.

En résumé

Sur mes tomates, Nezara viridula a été la punaise la plus fréquemment rencontrée. J’en ai observé plusieurs stades, depuis de très jeunes nymphes d’environ 2 mm regroupées dans les sépales jusqu’aux adultes, en passant par le très reconnaissable stade V.

Les punaises se trouvaient souvent directement sur les fruits, notamment sous les grosses tomates de la serre. Le retrait d’une vingtaine d’individus depuis fin août, associé à une inspection quotidienne, a été suivi d’une nette diminution de leur présence sans toutefois les faire disparaître complètement.

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