Nombreux méligèthes sur les fleurs d’un chou chinois

Petits insectes noirs sur mes choux : altises ou méligèthes ?

En observant mes choux chinois montés en fleurs, j’ai d’abord cru retrouver un insecte bien connu au potager : l’altise. Quelques semaines plus tôt, ces petits coléoptères noirs étaient bien présents sur les roquettes en fleurs puis sur mes chou-raves. Mais cette fois, l’observation ne correspondait pas tout à fait.

Les insectes noirs se trouvaient surtout dans les fleurs et autour des boutons floraux des choux chinois. En regardant de plus près, leur comportement et la forme de leurs antennes m’ont orienté vers une autre piste : les méligèthes.

Tous les petits insectes noirs présents sur les choux ne sont donc pas forcément des altises. Sur de jeunes feuilles trouées, l’hypothèse des altises est logique. Dans les fleurs de choux, de roquette, de moutarde ou d’autres Brassicacées montées en graines, voire des fleurs de courgettes, il faut penser aux méligèthes.

Une première observation : des altises sur les Brassicacées

Les altises étaient bien présentes au potager quelques semaines plus tôt dès le mois d’avril (vu la météo particulièrement favorable en avril de cette année). Je les ai observées surtout sur les roquettes montées en fleurs, laissées volontairement dans le potager pour attirer des auxiliaires.

Les altises sont fréquentes sur les plantes de cette famille : roquette, radis, navets, moutardes, choux, pak choï, chou chinois, chou-rave… Elles deviennent particulièrement visibles par temps chaud et sec.

Les dégâts sont très caractéristiques. Les altises perforent les feuilles et laissent de nombreux petits trous, parfois très rapprochés.

Après la coupe des fleurs de roquette, j’ai observé une augmentation des dégâts sur des chou-raves situés à proximité. Malheureusement, la coupe de la roquette a déplacé les altises sur les chou-raves !

Altise noire sur feuille de radis daikon avec antennes fines
Altise observée sur une feuille de radis daikon trouée. Ses antennes fines et l’absence de petite massue visible permettent de la distinguer des méligèthes.

Une deuxième observation : des petits coléoptères noirs dans les fleurs de chou chinois

Fin mai, de nombreux petits coléoptères noirs sont présents sur quelques choux chinois montés en fleurs (ils n’ont pas résisté à la canicule).

Ces coléoptères ne se concentrent pas sur les feuilles, mais surtout dans les fleurs ouvertes et autour des boutons floraux. J’ai logiquement pensé à la présence d’altises mais en y regardant de plus près j’ai changé mon diagnostic.

Pourquoi je pense plutôt aux méligèthes

Plusieurs indices orientent davantage vers les méligèthes que vers les altises.

1) Ils sont surtout dans les fleurs

Le premier indice vient de leur emplacement. Sur les choux chinois montés en fleurs, les petits coléoptères noirs sont surtout présents dans les fleurs ouvertes et autour des boutons floraux.

Ce comportement correspond bien aux méligèthes. Ces insectes sont attirés par les fleurs des Brassicacées, car ils recherchent le pollen. Les altises, elles, sont surtout connues au potager pour leurs dégâts sur les feuilles.

2) Ils ne sautent pas quand je les approche

Leur comportement apporte un deuxième indice. Quand on approche le doigt d’une altise ou que l’on touche légèrement la feuille sur laquelle elle se trouve, elle saute généralement très vite. Ce saut est typique de cet insecte.

Sur les fleurs de chou chinois, ces petits coléoptères ne sautent pas : ils se déplacent dans les fleurs, restent immobiles ou cherchent à se glisser entre les boutons floraux.

3) Les antennes sont terminées en petite massue

Le troisième indice vient des photos en macro. Les antennes courtes, avec une extrémité épaissie en forme de petite massue (elles sont dites claviformes) sont caractéristiques des méligèthes. Contrairement aux altises qui ont plutôt des antennes fines et plus régulières, sans cette petite massue aussi nette.

Ce détail est assez difficile à voir à l’œil nu. Une loupe ou une photo macro aide beaucoup. Ici, l’observation des antennes, ajoutée à la présence dans les fleurs et à l’absence de saut marqué, rend l’hypothèse des méligèthes plus solide.

Méligèthes dans les fleurs de chou chinois avec antennes en massue
Méligèthes observés dans les fleurs d’un chou chinois monté en graines. Les antennes courtes terminées en petite massue sont un bon indice pour les distinguer des altises.

Altises et méligèthes : deux petits coléoptères à ne pas confondre

À première vue, la confusion est facile. Altises et méligèthes sont de petits coléoptères sombres, assez ressemblants, et que l’on peut observer sur les Brassicacées. Pourtant, ils ne fréquentent pas toujours les mêmes parties de la plante et ne provoquent pas les mêmes dégâts.

L’altise est surtout associée aux dégâts sur feuilles. Le méligèthe est surtout associé aux dégâts sur fleurs et aux boutons floraux.

L’altise : la “puce” des feuilles

L’altise est bien connue des jardiniers qui cultivent des radis, roquettes, navets, moutardes, choux, pak choï ou choux chinois. Elle devient particulièrement visible au printemps et en début d’été, surtout lors des périodes sèches, chaudes et ensoleillées.

Elle peut poser problème sur les jeunes Brassicacées, en particulier au moment de la levée ou juste après plantation, lorsque les plants n’ont pas encore beaucoup de surface foliaire.

Ses signes distinctifs :

  • Morphologie : petit coléoptère sombre, parfois noir ou métallique selon les espèces, avec des pattes arrière développées qui lui permettent de sauter.
  • Comportement : lorsqu’on approche le doigt ou que l’on touche légèrement la feuille, elle bondit brusquement.
  • Dégâts : elle perfore le limbe et laisse de nombreux petits trous ronds ou irréguliers. Les feuilles prennent alors un aspect criblé.
  • Plantes touchées : radis, roquette, navets, moutardes, choux, chou-rave, pak choï, chou chinois et autres Brassicacées.
  • Stade sensible : jeunes semis, jeunes plants repiqués, plantes encore peu développées.

Sur un plant adulte et vigoureux, quelques perforations restent souvent supportables. Sur un jeune plant, en revanche, une attaque importante peut ralentir la croissance, car elle réduit fortement la surface de feuilles capable d’assurer la reprise et la croissance.

Lorsque les dégâts sont importants sur de jeunes Brassicacées, il faut surtout protéger les plants pendant leur phase la plus fragile. J’ai détaillé les méthodes de prévention et d’intervention dans cet article : Altises sur choux, radis, roquette et autres Brassicacées : que faire ?

Le méligèthe : l’amateur de pollen

Le méligèthe (Brassicogethes aeneus) est moins connu au potager, mais il peut facilement être confondu avec une altise. Lui aussi est petit, noir, présent sur les Brassicacées. La différence principale vient de son comportement : il recherche surtout les fleurs et le pollen.

On l’associe souvent au colza, mais il peut aussi se rencontrer sur d’autres Brassicacées montées en fleurs : moutarde, roquette, radis montés en graines, choux, choux chinois, navette, ainsi que sur des fleurs de cucurbitacées comme la courgette.

Ses signes distinctifs :

  • Apparence : petit coléoptère noir, souvent brillant, parfois avec de légers reflets métalliques.
  • Antennes : elles sont courtes et terminées par une petite massue arrondie. Ce détail est difficile à voir à l’œil nu, mais une photo macro ou une loupe permet de l’observer.
  • Comportement : il ne saute pas brusquement comme une altise. Lorsqu’on l’approche, il se déplace dans la fleur, se cache entre les boutons floraux ou s’envole.
  • Attraction pour le jaune : il est fortement attiré par les fleurs jaunes des Brassicacées. Un objet jaune placé à proximité peut parfois attirer ces petits coléoptères et renforcer l’hypothèse des méligèthes.
  • Régime alimentaire : il recherche surtout le pollen.
  • Dégâts possibles : il peut perforer les boutons floraux encore fermés pour atteindre le pollen, ce qui peut provoquer l’avortement de certains boutons.
  • Stade sensible : boutons floraux avant ouverture. Une fois les fleurs ouvertes, le pollen devient accessible et la présence des méligèthes est souvent moins préoccupante.

Au potager familial, la présence de méligèthes sur des choux déjà montés en fleurs n’est donc pas forcément inquiétante, surtout si l’on ne cherche pas à récolter les graines. Le problème serait différent sur une culture porte-graines ou si les boutons floraux sont fortement touchés avant leur ouverture.

Tableau récapitulatif

CritèreAltisesMéligèthes
Zone principaleFeuilles, jeunes poussesFleurs, boutons floraux
Dégâts typiquesPetits trous dans les feuilles, aspect cribléBoutons floraux parfois perforés ou avortés
ComportementSaut brusque quand on les dérangeMarche dans les fleurs, se cache ou s’envole
AntennesFines, sans massue visibleCourtes, terminées en petite massue
Plantes concernéesJeunes Brassicacées : radis, roquette, choux, navetsBrassicacées en fleurs : colza, moutarde, roquette, choux. Courgettes
Stade critiqueLevée, jeunes plants, reprise après plantationBoutons floraux avant ouverture
Niveau d’urgence au potagerÉlevé si les jeunes feuilles sont fortement perforéesSouvent faible sur plantes déjà montées en fleurs, sauf récolte de graines

Quels dégâts provoquent vraiment les méligèthes ?

Les méligèthes recherchent surtout le pollen. Les dégâts apparaissent donc principalement lorsque les fleurs ne sont pas encore ouvertes. Pour atteindre le pollen, les adultes peuvent perforer les boutons floraux avec leurs mandibules. Les boutons touchés jaunissent, se dessèchent, puis peuvent tomber. La plante produit alors moins de fleurs, donc potentiellement moins de siliques et moins de graines.

En agriculture, notamment sur colza, les méligèthes sont surveillés de près avant la floraison. Une attaque précoce et importante peut réduire le rendement, surtout si les plantes sont peu vigoureuses. À l’inverse, une plante en bon état peut compenser une partie des pertes en produisant de nouvelles ramifications et de nouvelles inflorescences. La nuisibilité dépend donc du stade, du nombre d’insectes et de la vigueur de la culture.

Dès que les fleurs sont ouvertes, le risque diminue fortement. Le pollen devient accessible, les méligèthes n’ont plus besoin de percer les boutons, et leur présence devient moins problématique.

Au potager familial, l’enjeu est souvent plus limité. Un chou chinois, une roquette ou une moutarde déjà montés en fleurs ne sont généralement plus cultivés pour leurs feuilles. Si l’objectif n’est pas de récolter des graines, la présence de méligèthes dans les fleurs est rarement prioritaire.

La situation mérite davantage d’attention si l’on veut produire des semences. Dans ce cas, une forte présence avant l’ouverture des fleurs peut réduire la formation des siliques et donc la récolte de graines.

En résumé, les méligèthes ne sont pas à considérer comme totalement inoffensifs, mais leur présence n’a pas la même importance sur une culture agricole de colza, une culture porte-graines, ou quelques choux montés en fleurs dans un potager familial.

Boutons floraux de chou chinois abîmés après le passage de méligèthes
Boutons floraux desséchés sur chou chinois après une forte présence de méligèthes. Ces dégâts sont surtout à surveiller si l’on souhaite récolter des graines.

Faut-il intervenir ?

Pour les méligèthes, la réponse est généralement non au potager familial, sauf cas particulier de production de semences.

Lorsqu’ils sont observés dans les fleurs de choux, de roquette ou de moutarde déjà montés en graines, leur présence n’est pas forcément préoccupante. À ce stade, la culture n’est souvent plus destinée à produire des feuilles à récolter. Si l’on ne cherche pas à récolter les graines, les méligèthes sont surtout intéressants à observer : ils indiquent que la plante en fleurs attire des insectes liés au pollen.

La situation mérite davantage d’attention si vous souhaitez produire des semences. Dans ce cas, une forte présence de méligèthes sur les boutons floraux avant ouverture peut réduire la formation des fleurs, puis des siliques. La récolte de graines peut alors être diminuée. C’est surtout ce stade, avant l’ouverture des fleurs, qui doit être surveillé.

Le raisonnement est différent avec les altises. Sur de jeunes Brassicacées, elles peuvent provoquer des dégâts importants. Radis, roquettes, navets, choux-raves, pak choï ou choux chinois sont sensibles lorsqu’ils sont encore peu développés. Les altises réduisent la surface foliaire en multipliant les petites perforations. Sur un plant vigoureux, quelques trous restent souvent supportables. Sur un jeune semis ou un plant tout juste repiqué, une attaque importante peut ralentir fortement la croissance, voire compromettre la reprise.

Dans ce cas, la protection se raisonne surtout en prévention. Le voile anti-insectes reste la solution la plus efficace, à condition d’être posé avant l’arrivée des altises et de ne pas enfermer les insectes avec les plants. Un sol maintenu frais limite aussi les situations favorables aux altises, qui apprécient les périodes sèches, chaudes et ensoleillées. L’objectif n’est pas de supprimer toute présence d’insectes, mais de protéger les jeunes plants pendant leur phase la plus fragile.

Dans mon potager

Dans mon cas, les choux chinois sont déjà montés en fleurs et je ne compte plus les récolter. Je n’interviens donc pas contre les méligèthes présents sur ces hampes florales.

Je sais que ces petits coléoptères peuvent aussi visiter d’autres fleurs du potager, y compris les fleurs de courgettes. Pour l’instant, je préfère les laisser concentrés sur ces quelques plants de chou chinois, que je ne récolterai plus, plutôt que de supprimer trop vite cette source de pollen.

Je continue simplement à observer deux choses : les jeunes Brassicacées voisines, pour vérifier qu’elles ne subissent pas de nouveaux dégâts sur les feuilles, et les autres plantes à fleurs jaunes du potager, comme les courgettes, melons ou potimarrons. Tant que les méligèthes restent surtout dans les fleurs des choux chinois, leur présence ne justifie pas d’intervention particulière.

Ce que cette observation m’a appris

Cette observation rappelle qu’il ne faut pas identifier un insecte trop vite au potager. La couleur et la taille ne suffisent pas.

Sur les jeunes feuilles criblées de petits trous, les altises restent une hypothèse forte. Dans les fleurs et les boutons floraux des Brassicacées, les méligèthes deviennent beaucoup plus probables.

Le bon réflexe consiste donc à regarder trois choses : l’endroit où se trouvent les insectes, les dégâts réellement observés et leur comportement lorsqu’on les approche.

Un petit coléoptère noir sur une feuille de chou ne raconte pas la même chose qu’un petit coléoptère noir dans une fleur de chou.

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