La mâche potagère est une petite salade rustique très appréciée en automne et en hiver. La culture bio de ce légume-feuilles est simple lorsque l’on a compris ses exigences. Elle se récolte de l’automne jusqu’à la fin de l’hiver, voire même au printemps si l’on fait des semis printaniers. Les variétés se répartissent en deux catégories : d’une part les variétés d’automne ou à grandes feuilles. D’autre part, les variétés d’hiver ou à petites feuilles. Ces dernières offrent une qualité gustative supérieure. Dans cet article complet, nous allons voir toutes les étapes de culture de la mâche : le choix des variétés selon la période de semis, les différentes façons de semer, planter si on sème en mottes, entretenir, identifier et lutter contre les bioagresseurs et récolter.

Histoire, botanique et nutrition

La mâche est une plante ancienne, indigène d’Europe et d’Afrique du Nord, ayant connu de nombreux noms vernaculaires : doucette, boursette, clairette, coquille, salade de blé, salade de chanoine, laitue d’agneau, gallinette, valérianelle ou encore poule grasse… Des noms qui témoignent de son utilisation traditionnelle et ancienne. Cependant sa domestication est très tardive, en effet avant le XIXe siècle, elle était surtout récoltée en tant que plante sauvage. C’est seulement au cours de ce siècle que sont entreprises les premières sélections. Ces améliorations ont porté sur l’obtention de variétés aux feuilles plus charnues et aux rosettes plus volumineuses. Au moins deux variétés sont issues de ces premières sélections : « Verte d’Étampes » en 1873 et la « Verte à cœur plein ».

A noter que la mâche aurait eue une première domestication par les Égyptiens de l’antiquité. De nos jours, en France métropolitaine, la région des Pays de la Loire produit la grande majorité de la culture française (83 %).

Une nouvelle famille

La mâche potagère est un légume-feuilles de la famille des Caprifoliacées. Elle faisait encore récemment partie de la famille des Valérianacées, laquelle fût intégrée aux Caprifoliacées dans la classification phylogénétique de 2003. Le nom de genre Valerianella comprend environ 50 espèces connues.

Il existe différentes espèces de mâches ou doucettes, les formes sélectionnées par l’homme sont :

  1. Valerianella locusta, la mâche potagère, la plus connue, aux multiples variétés cultivées.
  2. Valerianella eriocarpa, appelée doucette ou mâche à fruits velus, principalement cultivée en Italie.

Deux types de variétés sont sélectionnées au sein de la mâche potagère :

  1. Les variétés à petites graines, plus rustiques, au goût plus fin et au développement plus petit.
  2. Les variétés à grosses graines, moins rustiques que les précédentes et au développement plus important.

Valerianella locusta est une petite plante annuelle qui porte des feuilles vertes de forme spatulées, légèrement charnues et disposées à leur base en rosette. Semée à la fin d’été, début d’automne, elle fleurira de mai à juillet en portant des fleurs hermaphrodites. Entomophiles, elles sont pollinisées par les insectes. Principalement autogame, il est possible de récolter les semences avec peu de risques de croisements.

Apports nutritionnels

La doucette est un peu plus calorique et renferme plus de minéraux que la laitue et la chicorée. Elle contient un peu de vitamine C : une portion de 100 g pour un adulte apporte 8 % des apports conseillés. Sa teneur en vitamine B9 ou folates est plus intéressante, puisque cette même quantité apporte 33% des apports conseillés.

Culture de la mâche

La mâche potagère est une culture qui apprécie particulièrement un climat océanique tempéré. La douceur hivernale est importante pour permettre sa croissance, sans compromettre sa survie, risque plus présent en climat continental ou de montagne. Sa culture n’est cependant pas exclue dans ces derniers cas : cultivez-la par exemple sous serre froide.

L’exposition à privilégier est mi-ombragée pour les semis d’été. Ensoleillée, pour les semis d’automne et de printemps, en terrain frais. Elle aime pousser dans les sols frais, assez riches en matières organiques, drainants et fermes à la fois.

Quand cultiver la mâche ?

La période de semis est comprise de mi-juillet à octobre puis en mars avril. La période de récolte s’étend ainsi de septembre à mars puis de mai à juillet. Comme la doucette est comme une salade d’hiver, c’est surtout la première période qui est à privilégier. Nous allons voir quelles variétés cultiver à quelles périodes.

Comment cultiver sur le balcon ou sur une terrasse ?

En potager urbain, il est bien entendu possible de cultiver cette salade en bac, en pot ou en jardinière. Le semis se fait se fait à la même période que pour le semis en pleine terre. La majorité des terreaux ont l’avantage d’être exempts d’adventices. Le semis à la volée est donc tout à fait approprié à la culture de la mâche. Il est tout de même préférable de semer assez clair pour que les plantes aient suffisamment de place pour se développer correctement. Il sera toutefois possible d’éclaircir le cas échéant.

Les variétés de mâche

On peut classer les variétés en deux catégories :

  • Les variétés d’automne : ce sont les variétés à grosses graines, plus sensibles au froid mais présentent une croissance rapide.
  • Les variétés d’hiver : ce sont les variétés à petites graines, poussent plus lentement que les précédentes mais sont plus rustiques que les variétés d’automne. Ainsi elles peuvent être semées plus tardivement.
semences de mâches, à petites et grosses graines

Les semences des variétés d’hiver sont environ deux fois plus petites que celles d’automne

Voici un tableau qui liste quelques variétés d’automne et d’hiver :

Nom des variétés Période de semis Récolte
Variétés d’automne (à grandes feuilles)
  • A Grosse Graine
  • Valgros

De mi-juillet à septembre

D’octobre à novembre, voire décembre
Variétés d’hiver (à petites feuilles)
  • Coquille de Louviers
  • Gala
  • Ronde maraichère
  • Verte de Cambrai
  • Verte à cœur plein
  • Vit
De fin août à octobre De novembre à mars

 

Peut-on semer de la mâche au printemps ? Oui, le semis peut même se faire en hiver sous serre et au printemps jusqu’à la fin du mois d’avril. Les variétés d’hiver sont à privilégier pour les semis hâtifs, les variétés d’automne pour les semis de printemps.

Le semis de la mâche

La réussite de la culture de la mâche passe en grande partie par la réussite du semis. Le semis d’été nécessite de bien conserver l’humidité jusqu’à la levée. Ainsi, les premiers semis peuvent être faits à l’ombre des légumes en plein développement (tomate, concombre, haricot à rame), au milieu des rangs. Sinon il est possible d’ombrer avec des cagettes retournées ou maintenir humide avec de la toile de jute imbibée d’eau.

Pour la préparation de la plate-bande, il n’est pas utile d’ameublir profondément la terre avant le semis. Un simple passage de griffe est suffisant pour retirer les éventuelles adventices et ameublir légèrement la surface. Pour rappel, la doucette aime les sol raffermis. Il est recommandé de plomber la terre avec le dos d’un râteau ou un rouleau à gazon après le griffage.

Pensez à échelonner vos semis tous les quinze jours – un mois pour ensuite récolter régulièrement les rosettes au meilleur stade.

Quel type de semis privilégier pour la mâche ?

Plusieurs types de semis sont possibles : en place directement, soit à la volée, soit en sillons. Autre possibilité avec un semis en mini-mottes ou en godets. Lequel privilégier ?

  • Le semis en place à la volée : ce n’est pas mon option favorite car on peut vite se laisser déborder par les adventices. A moins de semer sur compost vert.
  • Le semis en place en sillons : pour moi c’est la meilleure méthode pour semer cette salade.
  • Le semis en godets ou en mini-mottes : oui, si on s’y prend un peu tard pour semer, pour anticiper une plantation précoce au printemps, ou pour les potagers de balcon. Les plants obtenus seront à repiquer ou à cultiver en pots pour un potager de balcon.

Semer la mâche en place en sillons

  1. Tracer des sillons espacés de 20 à 30 cm et profond de 1 à 2 cm en utilisant une serfouette ;
  2. Semer une à deux graines par centimètre ;
  3. Recouvrir de terre ou de terreau puis plomber avec le dos d’un râteau ;
  4. Arroser et protéger si nécessaire.

En été, arroser à la pomme de l’arrosoir puis couvrir de cagettes retournées ou disposer par dessus le semis une toile de jute imbibée d’eau.

À l’automne, arroser si le sol est sec, il est inutile d’ombrer le semis.

Semer la mâche en godets, alvéoles ou en mottes

Ce type de semis à pour but de produire des plants qui seront ensuite repiqués au potager.

  1. Former vos mottes ou remplir des godets ou plaques alvéolées de terreau ;
  2. Faire 5 trous par godet de 7 cm, 1 trou par motte ou par alvéole profond d’un demi-centimètre ;
  3. Semer une à deux graines par trou, selon le taux de germination de vos graines ;
  4. Reboucher de terreau et tasser ;
  5. Arroser en pulvérisant sur le dessus et en bassinant.

En été, placer ces semis à endroit ombragé. À l’automne, les placer sous un châssis, en serre ou dans une véranda pour hâter la germination des graines.

Repiquer les plants

Que vous ayez acheté ou produit vos plants, voici comment procéder pour repiquer vos plants.

  • Préparer la plate-bande comme nous l’avons vu ci-dessus ;
  • Compter un espacement de un plant tous les 15 centimètres sur le rang et 20 centimètres entre deux rangs ;
  • Les mottes ou les plants semés en plaques alvéolées sont plantées à l’aide un transplantoir ou en enfonçant directement avec les mains si la terre est assez meuble ;
  • Les plants produits en godets sont séparés les uns des autres avant d’être plantés ;
  • Pour planter ces plants, utilisez un plantoir pour faire le trou de plantation, placez un plant, puis bornez bien les racines de tous les côtés.

Entretenir la culture de la mâche

Le temps que les graines lèvent, les arrosages doivent être les plus fréquents possibles.

Le semis direct nécessite souvent un éclaircissage pour obtenir une densité de plantation correcte. Si les plantes éclaircies sont assez suffisamment développées, alors il est possible de la consommer.

Sarcler entre les rangs pour limiter le développement des adventices.

Si la fin d’automne est rude on peut tout de même la protéger avec un voile.

Les ravageurs et maladies de la mâche

La mâche est une salade rustique qui rencontre peu de ravageurs et de maladies. Il est tout de même possible de rencontrer quelques bioagresseurs.

Dans les ravageurs, les gastéropodes et particulièrement les limaces peuvent compromettre les récoltes. Il conviendra de lutter contre les limaces si vous voyez vos mâches partiellement dévorées ou avec du mucus sur leurs feuilles. Dans les maladies cryptogamiques, vous pouvez éventuellement rencontrer le mildiou, l’oïdium et le phoma de la mâche. Dans les maladies bactérienne, la bactériose de la mâche due à Acidovorax valerianellae.

Le mildiou est une maladie particulièrement nuisible due à Peronospora valerianellae. On la reconnait avec le revers des feuilles qui se couvre d’un feutrage vert gris. Les feuilles ont tendance à se replier sur elles-mêmes. L’oïdium est dû à Golovinomyces orontii et se manifeste quant à lui par un feutrage blanc sur les deux faces des feuilles. Pour prévenir ces deux maladies, cultivez des variétés peu sensibles comme la ‘Verte de Cambrai’ et ‘Vit’ contre l’oïdium. ‘Coquille de Louviers’ est particulièrement sensible au mildiou, ‘Vit’ présente une certaine résistance. Pour prévenir toutes ces maladies cryptogamiques il est possible de pulvériser tous les 15 jours de la décoction de prêle sur vos plantes.

La bactériose de la mâche se diagnostique facilement, on observe des tâches noires, d’aspect huileux sur les feuilles et surtout en bordure. C’est une maladie qui se transmet par les semences. Supprimez les plants ayant cette maladie en veillant à ne pas toucher aux plantes saines pour ne pas les contaminer.

Récolter

La récolte se fait au fur et à mesure des besoins et commence en moyenne deux mois après le semis. Elle se fait lorsque les rosettes sont bien formées. Elles sont alors coupées sous le collet avec un couteau. Rincez-les et consommez-les rapidement après récolte.

La mâche se conserve quelques jours dans le réfrigérateur, mais l’idéal est de l’avoir fraîche dès que vous en avez besoin.