Le biocontrôle est un terme récent dans le domaine de l’agriculture et par extension en jardinage amateur. Il regroupe les méthodes de protection des plantes qui utilisent des mécanismes naturels dans le but de maintenir la pression des bioagresseurs (maladies et ravageurs) à un niveau raisonnable. En France, on parle surtout de méthodes et de produits de biocontrôle, lesquels sont répartis en différentes catégories d’agents biologiques. Dans la première partie de l’article je présente objectivement les méthodes de biocontrôle. Dans la seconde partie je vous propose quelques réflexions sur leur utilisation dans les jardins amateurs.

Qu’est-ce que le biocontrôle ?

En France la notion de biocontrôle s’inscrit dans la Loi d’Avenir de 2014 puis dans le Code rural et de la pêche maritime (article L-253-6). Les produits de biocontrôle se définissent comme étant des agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures . Ils comprennent en particulier :

  1. Les macro-organismes ;
  2. les produits phytopharmaceutiques comprenant des micro-organismes, des médiateurs chimiques comme les phéromones et les kairomones et des substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale.

1) Les macro-organismes

Les macro-organismes sont les auxiliaires de cultures prédateurs ou parasitoïdes des ravageurs. Ce sont surtout des invertébrés (insectes, arachnides, nématodes). Par exemple, ce sont les coccinelles, punaises prédatrices, acariens prédateurs, chrysopes, micro-hyménoptères, etc. Certains micro-organismes sont également des auxiliaires, mais en biocontrôle, ils rentrent dans la catégorie des produits comprenant des micro-organismes.

Dans le cadre du biocontrôle (et de la lutte biologique), les laboratoires et entreprises spécialisées élèvent et commercialisent les auxiliaires. Ils sont conditionnés sous différentes formes : en sachets, en bandelettes, en tubes, dans des boites en cartons, en plaquettes, en poudre pour les acariens. Leurs stades peuvent être différets, par exemple la chrysope est vendue au stade d’œufs ou de larves. Ces auxiliaires sont vendus aux agriculteurs et jardiniers amateurs afin d’être lâchés sur les cultures attaquées par les ravageurs.

Chaque auxiliaire a une action plus ou moins spécifique sur les ravageurs. Par exemple la punaise Macrolophus pygmaeus est un prédateur très polyphage, elle va manger les œufs et larves de la mineuse de la tomate (Tuta absoluta), mais aussi ceux des aleurodes dans les serres, les acariens, les pucerons etc.

Quelques auxiliaires

Voici un tableau (non exhaustif) regroupant quelques macro-organismes auxiliaires disponibles en biocontrôle et leurs ravageurs

Macro-organisme auxiliaire Contre quel(s) ravageur(s) Informations
Coccinelle à deux points – Adalia bipunctata Pucerons La coccinelle est un prédateur. Chaque larve peut manger jusqu’à 100 pucerons par jour.
Guêpe parasitoïde Aphelinus abdominalis Pucerons Aphelinus abdominalis est une guêpe parasitoïde qui parasite tous les stades de pucerons. Elle est active durant une longue période.
Coccinelle noire – Cryptolaemus montrouzieri Cochenille farineuse – Pucerons – Autres cochenilles La coccinelle noire est un prédateur. Elle mange la cochenille farineuse à différents stades. Experte en mimétisme, sa larve est couverte de filaments blancs et ressemble à une cochenille farineuse !
Punaise – Orius laevigatus Thrips – pucerons – araignées rouges – œufs de papillons de nuit La punaise Orius laevigatus est une prédatrice. Au stade larvaire ou adulte, elle mange les thrips à différents stades.
Guêpe parasitoïde Diglyphus isaea Mouches mineuses
La guêpe parasitoïde Diglyphus isaea parasite diverses mineuses comme la mouche de la bryone. Elle est d’une grande efficacité.

2) Les autres produits de biocontrôle

Les autres produits de biocontrôle se répartissent en trois catégories. Ils font tous l’objet d’études toxicologiques et biologiques avant leur mise sur le marché.

Une liste officielle des produits de biocontrôle est régulièrement mise à jour et consultable sur le site écophytopic. Ce qui nous intéresse en tant que jardinier amateur c’est la mention EAJ (emploi autorisé dans les jardins). Les macro-organismes auxiliaires ne sont pas listés dans cette liste, effectivement ce ne sont pas des produits phytopharmaceutiques.

a) Les produits comprenant des micro-organismes

Les produits de biocontrôle à base de micro-organismes contiennent des substances actives à base de virus, bactéries, champignons ou oomycètes. Ils s’utilisent pour lutter contre différents types de bioagresseurs : ravageurs, champignons, bactéries et virus.

Un exemple connu en lutte biologique est l’utilisation du Bacillus thuringiensis pour lutter contre diverses chenilles. C’est en ingérant les feuilles pulvérisés avec le bacille que les chenilles vont arrêter de s’alimenter puis mourir dans les 48 heures. C’est une bactérie sans danger pour l’homme et les autres animaux.

b) Les  médiateurs chimiques, phéromones et les kairomones

Les médiateurs chimiques ou composés sémiochimiques sont des molécules naturellement synthétisées par des organismes (les insectes, les plantes) et vont affecter la physiologie ou le comportement d’autres organismes.

On distingue :

  1. Les phéromones
  2. Les molécules allélochimiques qui comprennent les allomones et les kairomones

Ces noms semblent peut-être barbares, toutefois leur mode d’action est très parlant.

Les phéromones

Les phéromones sont produites par un individu d’une espèce (souvent les animaux) et agissent sur les individus de cette même espèce (on parle de relation intraspécifique). Elles agissent sur la physiologie ou le comportement des autres individus. Elles peuvent avoir une action d’agrégation pour se regrouper, sexuelle pour attirer un partenaire, d’alarme pour prévenir un danger etc.

Un exemple à la fois fascinant et terrifiant avec le criquet migrateur. Ces criquets vivent habituellement en solitaire et voyagent seuls. Lorsque des individus de cette même espèce se rencontrent, ils forment un groupe grégaire. Ils apprécient la compagnie de leurs semblables et émettent des  phéromones d’agrégation, lesquelles attirent davantage de criquets. Plus le groupe grandit et plus de phéromones sont produites attirant toujours plus de criquets et créant ainsi ces nuées dévastatrices des cultures !

En biocontrôle, diverses utilisations des phéromones sont possibles. Tout le monde connait ces pièges disposés dans les conifères et dont le but est d’attirer les papillons de la processionnaire du pin. Il s’agit bien d’un piégeage phéromonal, dont une phéromone sexuelle attire les papillons mâles.

Il est important de noter que les phéromones utilisées en biocontrôle ne sont pas prélevées des insectes mais sont exclusivement des molécules de synthèse.

Les allomones

Les allomones sont produites par un individu d’une espèce et confèrent un avantage à l’émetteur mais pas au receveur (le ravageur). Par exemple, la plante la desmodie du Canada, produit des allomones répulsives contre les insectes qui lui sont nuisibles comme le papillon de nuit Chillo partellus, qui lui perce les tiges. En produisant des allomones le papillon se détourne de ladite plante. La desmodie du Canada est ainsi utilisée en interculture de maïs et de sorgho afin de protéger ces derniers de ce papillon.

Les kairomones

Les kairomones sont produites par un individu (plante, animal, bactérie, champignon) et déclenchent une réaction bénéfique au receveur. Elle agit dans les relations interspécifiques (entre différentes espèces) contrairement à la phéromone qui est uniquement intraspécifique. Une kairomone, c’est tout simplement le parfum d’une rose. Combiné à la couleur il nous attire à aller sentir de plus près ce parfum subtil.

Il n’y a aujourd’hui pas de produits de biocontrôle dont la substance active est une kairomone.

c) Les substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale

Nous retrouvons ici des substances d’origine naturelle, ce sont des substances à base de minéraux, comme la bouillie bordelaise, le sulfate de fer, le soufre, le bicarbonate de potassium. Des huiles essentielles, comme le giroflier, l’orange douce. Des substances extraites d’algues comme la laminarine. Le savon noir, la parrafine, le cos-oga etc.

Réflexions sur l’utilisation des produits de biocontrôle dans les jardins amateurs

La majorité des produits de biocontrôle est d’origine naturelle. Excepté les phéromones qui ne peuvent pas être extraites en suffisamment grande quantité des insectes et sont donc obtenues par synthèse. Même si les phéromones sont globalement utilisées dans des pièges, il est important de garder un œil critique sur leur utilisation dans les jardins amateurs. Notons qu’à ce jour un seul produit à base de phéromones est autorisé en jardinage amateur.

La résolution d’un problème par l’introduction d’auxiliaires peut soulever différentes interrogations : les espèces introduites sont-elles toutes indigènes ? Qu’en est-il de la concurrence avec les auxiliaires déjà présents naturellement dans le milieu ?

Plus globalement, à vouloir résoudre un problème avec une solution de biocontrôle, quelle place laissons-nous à la nature pour le résoudre d’elle-même ? N’y a t-il pas le risque de systématiser les traitements ? Avec quel impact sur la nature et la biodiversité sur le long terme ?

Quant aux laboratoires de recherche de solutions de biocontrôle. D’après un rapport du ministère de l’agriculture et du CGAAER qui date de 2017, au niveau mondial il y a environ 200 brevets déposés par an dans les méthodes de biocontrôle. N’est-ce pas une nouvelle mainmise sur le vivant ?

Toutes ces interrogations soulèvent le fait qu’utiliser un produit de biocontrôle n’est pas si anodin que ça en à l’air. Même ceux dont l’emploi est autorisé dans les jardins.

Ainsi, recourir aux méthodes de biocontrôle devrait se faire idéalement en dernier recours. Ou du moins de manière sensée, quand un problème est récurrent et compromet sérieuse une récolte qui vous tient à cœur.

Comment jardiner dans ce cas ?

C’est toute la philosophie de ce site et une des bases du jardin naturel et de la permaculture : favoriser la biodiversité naturelle et cultivée pour diminuer la pression des bioagresseurs sur vos plantes cultivées.

Quelques solutions concrètes :