Mise à jour de l’article : 15/09/2021 – Photographie © Michal Kukla

Ridley Scott a t-il été inspiré de la nature pour réaliser sa célèbre créature du film Alien ? Les cinéphiles pourront probablement nous éclairer à ce sujet ! Dans tous les cas les guêpes parasitoïdes ont un comportement assez similaire à celui d’Alien… Au bonheur des jardiniers bio !

Les guêpes parasitoïdes font partie des hyménoptères, c’est-à-dire qu’elles sont du même ordre que les guêpes, abeilles, fourmis, etc. Mais dans ce cas nous parlons de micro-hyménoptères, étant donné qu’elles mesurent tout au plus quelques millimètres. Si vous craignez le parasitisme d’Alien, ne vous inquiétez pas de ces petites guêpes, elles sont totalement inoffensives pour l’homme !

Je vous présente sur cette photographie deux victimes d’un Alien :

pucerons momifiés

Deux pucerons momifiés par un micro-hyménoptère – © Aurélien Gourmelen

Les pucerons se sont tout simplement fait dévorer de l’intérieur par des larves de micro-guêpes ! On ne peut pas dire que je ne vous avais pas prévenu…

Cycle de vie

Les guêpes parasitoïdes adultes spécifiques des pucerons vivent quelques jours seulement et pondent suivant les espèces de 50 à 400 œufs. Les guêpes sont très agiles et parviennent à pondre leurs œufs dans l’abdomen des pucerons à raison d’un seul œuf par puceron. Les pucerons après avoir étés parasités continuent à se nourrir et même à se reproduire pendant quelques jours. Pendant ce temps l’œuf de la micro-guêpe éclot à l’intérieur du puceron, puis la larve commence à le dévorer de l’intérieur. Lorsque cette larve arrive à maturité elle se nymphose (se transforme en adulte), le puceron meurt et prend cet aspect momifié.

Guêpe parasitoïde parasitant un puceron

Crédit : S. Dourlot/Univ. Rennes-I; Guêpe parasitoïde parasitant un puceron.

Ensuite la jeune imago n’a plus qu’à sortir du puceron, elle le fait en perçant un trou rond et bien net.

Puceron momifié

Un puceron momifié découpé proprement de l’intérieur par une micro-guêpe parasitoïde – © Christophe Quintin

Habitât

Les micro-guêpes parasitoïdes sont présentes là où se trouvent leur nourriture. J’ai pris l’exemple du puceron mais d’autres espèces de guêpes parasitent d’autres insectes, comme par exemple les chenilles de la piéride du chou.

Comment les favoriser ?

Il est important de ne pas traiter les plantes cultivées avec des pesticides et même avec des traitements biologiques. Laissez la nature rétablir l’équilibre, elle le réalise à merveille ! Vous attirerez également d’autres auxiliaires que nous avons déjà vu dans les articles précédents : les coccinelles et les syrphes.

Nous avons vu la nourriture des larves. Les adultes aussi doivent se nourrir ! Ils se nourrissent de nectar, leurs fleurs favorites sont de la famille des Apiacées, c’est à dire la famille des carottes, fenouil, aneth, panais etc. Il semble également que laisser quelques choux monter en fleur permette d’attirer des pucerons et chenilles spécifiques des guêpes parasitoïdes.

Mais ce qui est vraiment important, ce n’est pas uniquement de favoriser les micro-guêpes mais l’ensemble des auxiliaires. En tant que jardinier bio nous veillons à attirer, maintenir et protéger les populations d’auxiliaires tout au long de l’année. Voici quelques pistes complémentaires de gestion a mettre en œuvre dans votre potager :

  • Incorporer des plantes à fleurs simples et des aromatiques (aneth, coriandre, tagètes, soucis, etc.) au niveau des bordures et entre les potagères, il s’agit du compagnonnage végétal ;
  • cultiver des plantes qui possèdent des nectaires extra-floraux comme le cotonnier et de nombreuses autres plantes de familles comme les Caprifoliacées, Convolvulacées, Euphorbiacées, Fabacées, Liliacées, Malvacées, Salicacées et Rosacées ;
  • fournir des abris où les auxiliaires peuvent passer la mauvaise saison ;
  • conserver des zones naturelles à proximité du potager (intervenez peu dans ces zones) ;
  • favoriser la présence de haies variées autour du jardin.

Utilisation en lutte biologique

Ces micro-hyménoptères sont largement utilisés en lutte biologique et en biocontrôle, voici quelques uns :

  • Aphelinus abdominalis et Aphidius ervi sont principalement utilisés contre les pucerons de la tomate ;
  • Encarsia formosa est redoutable envers les aleurodes, petites mouches blanches des serres ;
  • Diglyphus isaea parasite efficacement diverses mineuses comme la mouche de la bryone, laquelle occasionne des dégâts sur céleri, chou, concombre, courgette, laitue, melon, pastèque et tomate.

Une symbiose très étonnante !

Certaines espèces de guêpes parasitoïdes injectent en même temps que l’œuf des particules virales programmées pour réduire le système immunitaire de l’hôte et ainsi favoriser le bon développement de la larve. C’est une forme de symbiose très étonnante dans le monde du vivant.

Les hyperparasitoïdes

Le mode d’action des micro-guêpe parasitoïdes est déjà très particulier. Mais vous n’avez encore rien vu ! ;-) Pour reprendre l’image cinématographique, il existe des aliens d’aliens, ce sont les hyperparasitoïdes ! Ces derniers pondent leurs œufs dans les larves de parasitoïdes, lesquelles sont dans l’abdomen du phytophage (comme un puceron). Comme une bonne image vaut mille mots, voici un dessin très parlant.

Représentation du mode d'action d'un hyperparasitoïde

L’hyperparasitoïde Alloxysta victrix pond directement un œuf dans la larve du parasitoïde primaire, laquelle est dans le puceron !

La larve du parasitoïde primaire parasitée continue toutefois de se développer pendant quelques jours et continue de dévorer le puceron momifié de l’intérieur. Puis la larve de l’hyperparasitoïde commence à dévorer la larve du parasitoïde primaire de l’intérieur. Celle-ci cesse son développement, meure, et quelques jours plus tard émerge un adulte de l’hyperparasitoïde !

J’espère que vous n’avez pas eu trop froid dans le dos ! Je ne sais pas pour vous, mais je pense que nous avons de la chance de ne pas être un insecte :-)