L’oïdium des cucurbitacées est une maladie cryptogamique plus ou moins nuisible qui touche les courges, courgettes, concombres, melons, potirons etc. Appelé également « le blanc » en raison de la couleur du mycélium, il forme un feutrage blanc bien visible sur les feuilles et les tiges. Il touche aussi les pétioles et les fruits. L’oïdium se développe lorsque les conditions de chaleur et d’humidité lui sont favorables, lorsqu’il fait humide et chaud. C’est-à-dire qu’il peut potentiellement se développer durant toute la saison de culture. Après une présentation des espèces provoquant cette maladie et les symptômes et dégâts associés, nous verrons les mesures prophylactiques à mettre en place ainsi que les méthodes de biocontrôle. Nous verrons en dernière partie comment réagir si ce champignon se développe sur vos plants.

Identité

L’oïdium des cucurbitacées est du principalement a deux espèces de champignons, Golovinomyces (= Erysiphe) cichoracearum et Podosphaera xanthii (anciennement Sphaerotheca fuliginosa). Il existe un grand nombre de races et de pathotypes pour chacune de ces espèces. Nous savons que leur pathogénicité et leur virulence est variable selon les races et pathotypes.

Symptômes et dégâts

On observe tout d’abord des spots blancs poudreux sur les feuilles et les tiges. Ils s’agrandissent ensuite pour couvrir de façon homogène l’ensemble du feuillage. Le feutrage apparait aussi sur les tiges et pétioles. Par la suite les feuilles jaunissent puis se dessèchent, se recroquevillent et meurent. Les boutons floraux avortent, les nouvelles pousses se déforment.

Les premières contaminations peuvent survenir en avril-mai en plein air et en serre. A cette période les dégâts peuvent être graves car la survie des plantes est en jeu. Cependant la plupart des attaques surviennent en fin de saison, en août et septembre. Les conséquences sont dans ce cas et en général moins importantes car les plants sont alors plus robustes. Toutefois, nous l’avons vu précédemment, la virulence est variable selon les souches concernées. C’est pourquoi je vous invite à agir rapidement.

Les facteurs favorisant l’oïdium des cucurbitacées

L’oïdium des cucurbitacées se développe lorsque l’hygrométrie est forte, en période de chaleur et d’ensoleillement. C’est notamment le cas lorsque le temps est orageux, lors des ciels de traîne, des brouillards etc. L’hygrométrie est aussi forte avec les rosées matinales et si les plants sont confinés, plantés trop serrés, ou mal aérés en serre. Ceci est lié à une période chaude et ensoleillée, les spores germent entre 20 et 28°C.

Mesures préventives

Pour éviter l’apparition de l’oïdium des cucurbitacées voici les mesures préventives :

  • Éviter les excès d’engrais azoté qui diminuent la rusticité des plants.
  • Planter de manière suffisamment espacée pour que l’air circule bien entre les plants.
  • Préférer l’arrosage localisé (goulot de l’arrosoir, goutte-à-goutte) plutôt que la pulvérisation.
  • En serre et en début de saison, supprimer tous les déchets et adventices pouvant abriter de l’oïdium avant de planter.
  • En serre, bien aérer la journée pour éviter les excès d’humidité.
  • Choisir des variétés résistantes si la problématique est persistante.
  • Pulvériser des traitements préventifs naturels

Les traitements naturels préventifs et curatifs

Nous allons maintenant voir différents traitements naturels préventifs et curatifs dans certaines conditions.

Le lait de vache

Le lait de vache est un des remèdes les plus efficaces contre cette maladie. Non seulement utile en préventif il est à mon sens aussi curatif lorsque le champignon est prit à temps. C’est-à-dire lorsque les taches sont encore isolées sur les feuilles.

La dilution du lait au dixième semble être la norme… c’est à dire 100 mL de lait pour  900 mL d’eau. Cette dilution est assez efficace pour prévenir l’apparition de la maladie. Je recommande pour ma part une dilution au demi (500 mL de lait + 500 mL d’eau)  en curatif lors de l’apparition des premiers symptômes. Le lait va assécher l’oïdium et empêcher son développement. Surveillez le développement du champignon après le traitement et retraitez si nécessaire.

L’extrait fermenté ou la décoction de prêle

L’objectif ici est d’extraire la silice présente dans la prêle pour profiter de son action fongicide préventive. Elle a aussi un effet positif sur la croissance des plantes, mais subtil. Deux possibilités d’utilisation, la décoction ou l’extrait fermenté. Le second est à anticiper.

  • Pour la décoction de prêle, faire bouillir 50 g de prêle sèche dans 2 L d’eau pendant 30 minutes, puis laisser infuser une nuit entière. Diluer à 20% avant de pulvériser sur les plantes.
  • Pour l’extrait fermenté, mettre 250 g de prêle sèche dans 10 L d’eau de pluie pendant 2 semaine environ, jusqu’à qu’il n’y ait plus de bulles lorsque vous brassez l’extrait fermenté. Pulvériser en diluant au dixième, c’est-à-dire 100 mL d’extrait pour 900 mL d’eau.

Le bicarbonate de soude

Même principe que ce dont nous avons vu dans cet article pour lutter contre le mildiou de la tomate, le bicarbonate de soude (ou sodium) agit de manière fongistatique en neutralisant l’acidité du milieu, donc des feuilles traitées. Le pH étant neutralisé, l’oïdium n’est pas en milieu favorable pour infecter les tissus.

Optez pour une concentration comprise entre 5 et 10 g par litre d’eau. N’hésitez pas à consulter l’article cité ci-dessus pour préparer éventuellement une solution mère pour vos traitements.

Les huiles essentielles

Dans son livre L’agriculture énergétique, Eric Petiot développe une nouvelle conception de l’agriculture écologique, à mi-chemin entre l’approche occidentale (scientifique) et orientale (énergétique). Il apporte une vision nouvelle du jardinage tout à fait passionnante, qui m’a immédiatement fait écho, suite à mes quelques années de pratique du taijiquan. Dans un des chapitres du livre il aborde les énergies électroniques et les soins grâce à certains principes actifs contenus dans les huiles essentielles.

Selon ses recherches, les maladies cryptogamiques (dont l’oïdium) se développent en milieu alcalin-oxydé ou acide-oxydé. Certaines molécules que l’on trouve dans les huiles essentielles, ont la capacité de générer sur la plante un « microclimat » opposé à l’état oxydé, c’est à dire un état réduit (principe redox). Les phénols font partis de ces molécules et génèrent un état acide-réduit.

Pulvériser des phénols à une dose relativement faible va permettre aux plantes de générer une défense par opposition énergétique en modifiant leur potentiel redox. Ainsi sur une surface foliaire acide-réduit, l’oïdium ne va pas se développer. La modification physiologique de la plante arriverait assez rapidement.

Parmi les huiles essentielles (HE) conseillées, Eric Petiot cite les huiles essentielles de thym commun (à thymol et carvacrol), de sarriette des montagnes, d’origan (à thymol et carvacrol) et de giroflier (eugénol), entre autres.

La dilution conseillée est de 1mL d’HE + 2mL d’huile végétale + 1 à 3% de tensioactif dans 15L d’eau.

Si vous avez simplement quelques plants à traiter j’ai ramené ces proportions pour 1L d’eau. Cela donne : 2 à 3 gouttes d’HE (2,33 gouttes pour être précis), 5 gouttes d’huile végétale et toujours 1 à 3% de tensioactif.

Quand utiliser ce traitement préventif ? En période propice au développement de l’oïdium, c’est à dire lorsqu’il fait chaud et humide (yang humide). Ne pas attendre de voir des symptômes pour traiter car l’oïdium a une certaine période d’incubation avant d’apparaitre sur les organes végétaux.

Une autre famille de molécules avec un mode d’action différent concerne les terpènes et les huiles essentielles d’oranger bigarade et de citronnier.

Que faire en cas d’attaque

Plusieurs cas de figures sont possibles :

Premièrement, si l’oïdium des cucurbitacées survient au printemps et pendant une bonne partie de l’été je vous recommande d’avoir l’œil et d’être capable d’agir rapidement. Pour cela, dès l’apparition des symptômes (quelques taches uniquement) faites un traitement minutieux au lait de vache (au demi). Traitez en pulvérisant sur les deux faces de chacune des feuilles et sur l’ensemble des parties aériennes.

Si durant cette même période, vous observez des feuilles fortement contaminées (plages blanches homogènes), tous les traitements sont inutiles. Coupez ces feuilles contaminées et appliquez un traitement au lait sur les feuilles saines et faiblement contaminées, sur les tiges, pédoncules etc.

Oïdium des cucurbitacées

A ce stade avancé de l’oïdium, il est inutile de tenter un traitement naturel. Il faut couper la feuille.

Deuxièmement, si l’oïdium survient en fin de saison, il n’est peut-être pas utile de traiter. Si les fruits des courges sont déjà bien formés, ont déjà bien entamé le stade de mûrissement il n’y a pas lieu de traiter. Coupez simplement les feuilles malades et compostez-les dans les règles de l’art (avec montée de température pour détruire le champignon) ou déposez-les dans une déchetterie le cas échéant.

Pour les courgettes, concombres et cornichons vous pouvez vous permettre d’agir plus longtemps, étant donné que les fruits sont récoltés régulièrement.