La prêle des champs s’utilise en jardinage bio pour élaborer du purin (extrait fermenté) et de la décoction. Ces deux préparations naturelles s’emploient pour stimuler et renforcer la résistance des plantes face aux maladies fongiques. Elles s’appliquent au potager, verger et jardin ornemental pour prévenir l’oïdium, le mildiou, la rouille, la tavelure, la moniliose, la cloque du pêcher etc. La prêle est notamment riche en silice, élément qui agit en renforçant la cuticule des feuilles et créé une barrière aux champignons pathogènes. Dans cet article nous allons voir les propriétés de la prêle puis la fabrication des deux préparations, et comment les employer en pratique au jardin.

Description de la prêle

La prêle des champs (Equisetum arvense) est une plante vivace, herbacée, cryptogame, aux racines traçantes, puissantes et très profondes. Elle croît dans les sols humides et alluvionnaires, sableux et limoneux. Sa présence indique souvent la présence d’une nappe d’eau souterraine. Deux types de tiges poussent dans l’année : la tige fertile, la première à sortir au début du printemps, d’aspect rougeâtre, se termine par un épi rempli de spores reproductrices. La seconde tige est stérile, sort à partir d’avril – mai, de couleur verte, creuse, divisée en segments séparés par des nœuds d’où partent des rameaux disposés à intervalles réguliers. Les tiges stériles uniquement se récoltent pour l’élaboration de ces deux préparations naturelles.

tiges fertiles et stériles de prêle

Tiges stériles à gauche (Richard Droker) – Tiges stériles à droite, celles utilisées pour élaborer les préparations naturelles

De multiples de propriétés

La prêle des champs est riche en divers minéraux, antioxydants, phytoalexines et enzymes. Son taux en silicium est particulièrement élevé, puisqu’il est compris entre 5 et 7 % de sa constitution. La silice est reconnue pour protéger les plantes selon deux mécanismes :

  1. Elle stimule leurs défenses naturelles, c’est l’effet éliciteur ;
  2. elle créée une barrière physique qui empêche le parasitisme des champignons.

La silice aide également les plantes à mieux lutter contre la sécheresse en diminuant la transpiration foliaire, elle augmente donc leur résistance face aux stress abiotiques.

Cette action de la silice se combine avec les flavonoïdes et acides phénoliques, présents dans la prêle, et reconnus pour leur action antifongique et antibactérienne, notamment en ralentissant la croissance des pathogènes. Ajoutons, le rôle de l’enzyme HTG qui agit sur les plantes en augmentant l’épaisseur de leurs parois cellulaires.

La prêle est également très bien pourvue en potassium, macro-élément important dans la croissance des végétaux, notamment dans le bon fonctionnement du transport des substances à travers les membranes cellulaires.

Le purin de prêle a donc à la fois un effet éliciteur, antifongique et bio-stimulant sur les plantes traitées. Pour en savoir plus, voir cette publication de medinbio publiée sur l’ITAB.

Où trouver de la prêle ? Quand la ramasser ?

La prêle des champs affectionne les lieux humides, prairies, fossés, bords de chemins et de routes, exploitations maraichères et de grandes cultures. Elle peut se récolter dès le mois de mai, mais il est préférable d’attendre juin ou juillet, lorsqu’elle est plus développée et plus riche en éléments.

Cultiver de la prêle des champs au jardin ?

La prêle est envahissante, il est ainsi fortement déconseillé d’en cultiver dans les jardins et encore moins au potager. Elle est donc à prélever dans les lieux où elle pousse naturellement.

La prêle s’utilise fraiche ou sèche ?

La prêle est de bien meilleure qualité avec des plantes fraiches, afin de conserver les molécules citées précédemment. Toutefois dans la décoction, on extrait surtout la silice, elle peut se faire avec de la prêle fraiche ou sèche. Ainsi, de juin à juillet, voire août, vous pouvez récolter de la prêle et la faire sécher pour les décoctions à venir.

Extrait ou décoction ? Lequel privélégier ?

L’extrait fermenté se fait à température ambiante, contrairement à la décoction qui nécessite une ébullition. Cette dernière a une action dénaturante de certaines molécules, comme les enzymes. Toutefois la quantité de silice extraite est plus importante avec la décoction. Les deux préparations présentent donc des avantages et des inconvénients. Ma préférence va cependant pour l’extrait fermenté, qui je pense, permet de bénéficier d’une synergie de molécules et minéraux présents dans la prêle.

Fabrication du purin de prêle

La proportion pour élaborer cet extrait fermenté est de 1 kg de plante fraiche pour 10 litres d’eau. Utilisez des gants imperméables aux liquides lors des deux dernières étapes, l’odeur du purin peut être persistante sur les mains et n’est pas des plus raffinées. ;-)

  1. Prélevez la prêle en sectionnant les tiges à leur base (au sécateur ou à la main) ;
  2. hachez finement la prêle au sécateur ou mieux avec un grand couteau et une grande planche à découpée ;
  3. placez-la dans un grand seau en plastique ou un pot en terre cuite (mais pas de métal) et ajouter le volume correspondant en eau de pluie ;
  4. couvrir le seau d’un vieux linge, l’air doit pouvoir y circuler mais empêcher les insectes d’y pénétrer ;
  5. remuer une ou deux fois par jour pendant 1 semaine à 10 jours. Le purin est prêt lorsqu’il n’y a plus de bulles de fermentation lors du brassage ;
  6. filtrer : le plus pratique et rapide est de faire une double filtration, d’abord une grossière, par exemple avec une caisse à champignons ou une vieille passoire, puis une plus fine avec un vieux drap ;
  7. stocker l’extrait dans un bidon, remplissez-le au maximum pour éviter son oxydation ultérieure. Il se conserve idéalement dans un endroit frais et à l’abri de la lumière.

Conseils complémentaires

Je recommande de fabriquer votre purin de prêle à partir de la plante fraîche, plus riche en nutriments et plus facilement fermentescible.

Un purin (ou extrait végétal) est une fermentation et non une putréfaction, le brassage doit se faire tous les jours. Idéalement plusieurs fois par jour lorsque la fermentation est la plus active, c’est-à-dire lorsqu’il y a un maximum de bulles.

Quelques jours après le début du stockage, ouvrez le bouchon pour libérer les éventuels gaz de fermentation restants.

L’extrait fermenté de prêle se conserve un peu plus d’un an en moyenne. Lorsqu’il n’y a plus d’odeurs c’est qu’il n’est plus bon.

Utilisations du purin de prêle

Le purin de prêle s’emploie dès le printemps pour stimuler et renforcer les défenses des plantes potagères et fruitières face aux bioagresseurs. Cet extrait s’utilise sur toutes les plantes, mais il convient d’insister sur les plantes sensibles aux maladies cryptogamiques (ail, tomate, cucurbitacées, laitue, pêcher, pommier, vigne, etc.).

Pour cette utilisation le purin de prêle est dilué à 5 % puis pulvérisé sur les feuilles et tiges des plantes. A titre d’exemple, mélanger 50 ml de purin à 950 ml d’eau. Renouveler ce traitement plusieurs fois au printemps, toutes les deux semaines est une bonne fréquence.

Pour prévenir la fonte des semis, le purin de prêle est également dilué à 5 % puis utilisé en arrosage des rangs semés en pleine terre.

Utiliser cet extrait dilué à 10 % en traitement curatif, en début d’attaque de maladies cryptogamiques.

Fabrication de la décoction de prêle

La décoction de prêle se prépare plus rapidement que l’extrait fermenté. Elle s’élabore donc au fur et à mesure des besoins. En revanche elle ne se conserve que quelques jours, les enzymes sont dénaturées lors de l’ébullition, et probablement une partie des autres molécules citées ci-dessus. La silice est toutefois bien extraite de la plante avec la décoction.

La proportion pour la décoction est la même que pour l’extrait fermenté, à savoir 1 kg de plante fraiche pour 10 l d’eau. Il est toutefois possible d’utiliser de la prêle séchée pour cette préparation. Compter une équivalence de 250 g de prêle sèche pour 10 l d’eau.

  1. Peser 1 kg de prêle fraiche ou 250 g de prêle sèche ;
  2. couper les tiges finement et les mettre dans un faitout, rajouter 10 l d’eau, de pluie de préférence ;
  3. porter à ébullition douce pendant 30 minutes ;
  4. laisser refroidir et infuser environ 12 heures ;
  5. filtrer avec une passoire fine, et utiliser directement la décoction diluée au jardin.

Le surplus se conserve dans des bouteilles en verre ou en plastique au frais et à l’abri de la lumière (bas du réfrigérateur).

Utilisations de la décoction de prêle

La décoction de prêle s’utilise dans le même objectif que le purin, renforcer les plantes pour prévenir et guérir les maladies cryptogamiques.

D’après le livre « Purin d’Ortie et Cie » (Bertrand B.  2012), la décoction s’utilise pour prévenir la tavelure du pommier, du poirier, la cloque du pêcher et la bactériose du framboisier. Elle est diluée à 20% puis pulvérisée à partir du mois d’avril, chaque semaine, pour les pommiers et poiriers et dès le débourrement pour le pêcher. En remède répulsif contre les acariens phytophages, en renouvelant le traitement toutes les semaines.

Pour prévenir l’oïdium des cucurbitacées : la maladie du blanc est courante sur courgette, courge, melon, potimarron etc. La décoction prêle aide à prévenir son apparition et à lutter en tout début d’attaque. Préférez toutefois d’autres traitements naturels en cas d’attaque comme une pulvérisation au lait (voir l’article sur l’oïdium pour en savoir plus).

Pour prévenir le mildiou de la tomate : on l’utilise pour renforcer les jeunes plants, stimuler leurs défenses et créer une barrière physique avec la silice. En cas d’attaque avérée de mildiou, optez pour la coupe des feuilles malades suivi d’un traitement au bicarbonate de sodium.

Utilisations synergiques

Il est tout à fait possible de mélanger différents extraits végétaux ensemble dans le but d’additionner leurs propriétés.

Découvrez à ce propos deux articles concernant deux préparations naturelles très utilisées en jardinage bio :

L’extrait fermenté de consoude : un fertilisant qui accroit la floraison et la fructification des légumes-fruits, la tubérisation des légumes-racines.

L’extrait fermenté d’ortie : un fertilisant riche en azote, macro-élément important pour la croissance en général et entrant notamment dans la composition de la chlorophylle. Il est également réputé pour être un bon éliciteur.

Dans Purin d’ortie et Cie, les auteurs présentent la formule Microsol, élaborée par Michel Barbaud, un mélange de trois extraits fermentés. Voici la composition :

  • 6 l d’extrait d’ortie
  • 2 l d’extrait de consoude
  • 2 l d’extrait de prêle
  • 10 l d’eau

Ce mélange stimule la vie du sol et s’utilise en arrosage lors du réchauffement printanier.