Le purin de consoude est un incontournable du jardinage bio pour fertiliser et stimuler la défense des plantes potagères et fruitières. La consoude est plante vivace à souche imposante dont les racines descendent en profondeur où elles puisent des éléments nutritifs. Son purin ou extrait fermenté est ainsi riche en nombreux minéraux et surtout en potassium. Cet élément améliore la floraison et la fructification des légumes-fruits, ainsi que la tubérisation des légumes-racines. Il stimule également la vie microbienne des sols et peut être utilisé à cet effet et pour accélérer le compostage.

Après quelques généralités sur la consoude, nous verrons comment la cultiver et quelles sont ses propriétés. Puis nous verrons la fabrication de l’extrait fermenté. Nous verrons en dernière partie comment utiliser concrètement ce purin pour aider les légumes du potager.

Article mis à jour en novembre 2020

Généralités sur la consoude

Longtemps décriée et rejetée par les jardiniers traditionnels, la consoude est redevenue au cours de ces dernières décennies une plante très appréciée en jardinage bio. Aujourd’hui, certains jardiniers n’hésitent pas à qualifier la consoude de « trésor du jardin ». Un autre surnom, cette fois-ci inspiré de son goût de poisson, est celui de « sole végétale ». En effet la consoude est totalement comestible.

Aspect et espèces

Toutes les espèces et les variétés ne seront pas listées ici car elles sont vraiment très nombreuses ! Pour ceux qui veulent aller plus loin, cet article sur wikipédia en répertorie un bon nombre. Voici une liste beaucoup plus sommaire :

  • Consoude officinale (Symphytum officinale), connue sous le nom de grande consoude.
  • Consoude de Russie (Symphytum uplandicum), nom générique donné à de nombreuses variétés issues de croisements entre S. officinale et S. asperum :
    • ‘Bocking 14’ est la variété la plus riche en potasse et autres éléments, la meilleure pour le jardin. Elle n’est pas envahissante.
    • ‘Bocking 4’ plus utilisée en tant que plante fourragère, pensez-y si vous avez des animaux. Elle n’est pas envahissante.

     

    Grande consoude - Consoude officinale - Photo de consoude

    Grande consoude – Consoude officinale

     

    Fleurs de consoude (en cyme) - Photo de fleurs de consoude

    Fleurs de consoude (en cyme). La consoude est en plus très mellifère

Cultiver de la consoude au potager ?

Avant de cultiver de la consoude dans votre jardin potager, je vous invite à vous demander si c’est bien utile. Cette plante a un côté invasif, or si vous avez un petit potager, elle va occuper au fil des années une grande partie de celui-ci, au détriment des plantes potagères. De plus c’est une plante qui prospère bien dans les biotopes secondaires, vous devriez pouvoir en trouver facilement au cours de balades, par exemple le long de rivières, au bord des chemins et des routes, dans les petits bois etc. Pour en faire de l’extrait fermenté, vous en prélevez une ou deux fois dans l’année et c’est suffisant. Dans le cadre d’un plus grand jardin, et dans une démarche en permaculture, la question se pose moins : cultivez-en !

Dans mon potager-verger de 300m², j’ai fait le choix de cultiver de la consoude. Je conserve un bosquet de 1,5 m² environ, à proximité du tas de compost. La consoude, avec ses racines profondes, remonte ainsi une partie des éléments nutritifs lessivés lors du processus de compostage. Quand elle est bien fournie, en dehors des prélèvements pour en faire du purin, je coupe ses feuilles pour les utiliser en paillis dans les plates-bandes de cultures.

La consoude apprécie un endroit frais et humide dans une terre riche et profonde. La multiplication de la consoude se fait le plus souvent par éclats de racines, notamment pour les hybrides ‘Bocking 14’ et ‘Bocking 4’. Le semis est possible pour la consoude officinale.

Composition

La consoude va chercher les minéraux en profondeur, ses racines peuvent descendre jusqu’à deux mètres. Aidée par une activité microbienne importante autour des racines nous trouverons dans sa composition une bonne quantité de potassium et des oligo-éléments tels le magnésium, le cuivre, le calcium, le fer, le manganèse et le zinc.

Les propriétés

  • Éliciteur : La consoude stimule les mécanismes de défenses naturelles des plantes, notamment en renforçant la cuticule foliaire.
  • Phyto-stimulant : La consoude stimule la bonne croissance des plantes en améliorant les mécanismes d’absorption des éléments nutritifs, notamment par la microfaune du sol.
  • Fertilisant : Nous l’avons vu, sa composition est très riche en divers éléments nutritifs. En pulvérisation sur feuille (5%) ou en arrosage (20%) au pied des plantes.

Fabrication du purin de consoude

Les étapes sont les suivantes (exactement les mêmes que pour la fabrication du purin d’ortie):

  1. Cueillette des feuilles
  2. Hachage
  3. Mise en fermentation
  4. Agitation
  5. Filtration
  6. Stockage et Conservation

1 – Cueillette des feuilles

Prélevez les feuilles de consoude. Avec la consoude de Russie, variété ‘Bocking 14’ vous obtiendrez un extrait fermenté plus riche. Ceci dit un extrait de consoude officinale sera très bien aussi ! Comptez 1 kg de feuilles fraiches pour 10L d’eau. Respectez la proportion c’est important pour bien réussir le purin, si vous avez une balance pour vous aider c’est parfait.

2 – Hachage des feuilles de consoude

La manière rapide, mettez les feuilles dans un seau puis hachez-les à l’aide d’une cisaille. Retournez le tas, les feuilles du dessous sont généralement moins découpées. Redonnez quelques coups de cisaille.

3- Mise en fermentation des feuilles de consoude

Procédez à la fermentation dans le seau en plastique (c’est pratique). Utilisez de l’eau de pluie qui est non calcaire. Couvrez, un vieux linge fera l’affaire.

Durée de fermentation : environ 10 jours. Ce temps est variable suivant les conditions météo, la température etc… La dernière fois que j’ai fais un extrait fermenté de consoude j’ai compté 8 jours.

Bulles issues de la fermentation dans le purin de consoude

Bulles issues de la fermentation dans le purin de consoude

4 – Agitation en cours de fermentation

Agitez, touillez, brassez, remontez la matière qui est en dessous au dessus, et ce tous les jours. Vous allez observer l’évolution de la fermentation, l’important, ce sont les bulles effervescentes. Les premiers jours vous n’en aurez pratiquement pas, puis elles seront de plus en plus nombreuses, enfin leur quantité diminuera de nouveau. Lorsque la fermentation est la plus productive vous n’avez à peine qu’à toucher la surface pour en voir en bonne quantité. Agitez davantage à ces moments pour bien retirer les gazes issus de la fermentation.

5- Filtration de purin de consoude

Lorsque vous n’aurez plus de bulles effervescentes votre purin sera prêt à être filtré. Cette étape de filtration est très importante car si vous ne la faite pas la dégradation va continuer pour finir par putréfier. Utilisez un tamis, un linge ou une passoire. Tout ce qui est retenu par la passoire mettez-le au compost et apportez de l’eau (un arrosoir) pour diffuser l’extrait fermenté.

6 – Stockage et conservation de l’extrait fermenté

Stocker dans un contenant refermable comme un jerrican ou un bidon. Si besoin rincez le contenant suivant le produit qui y était stocké. Vous pouvez conserver l’extrait fermenté plusieurs mois de cette façon, une année s’il est bien à l’abri de la chaleur et de la lumière. Moins vous aurez d’air dans le bidon et plus l’extrait se conservera longtemps, pour cela faites en sorte qu’il soit bien plein. Transférez éventuellement l’extrait restant après la saison dans des contenants plus petits (bouteilles en plastique ou en verre, etc…). N’oubliez pas d’étiqueter.

Utilisation du purin de consoude

Le purin de consoude s’utilise de multiples façons au jardin potager et fruitier. L’emploi le plus courant est en tant que fertilisant des légumes-fruits, mais il y a beaucoup d’autres possibilités. Passons-les ici en revue.

Comment l’utiliser, à quelle fréquence :

  • En arrosage, dilué de 10 à 20%
  • En pulvérisation, dilué à 5%
  • Fréquence : Tous les 10 à 15 jours, à espacer au fil de la saison.

Sur quels légumes, à quel stade :

  • Les légumes-fruits (notamment la tomate) au stade de la floraison et de la fructification
  • Les légumes-racines (notamment le céleri-rave, la pomme de terre) au stade de la tubérisation. voir liste des légumes fruits et racines
  • Les jeunes plants afin de favoriser une bonne reprise (pulvériser le sol)
  • Les fleurs et fruitiers

Exemple d’utilisation sur culture de tomate

Voici un exemple d’utilisation des extraits d’ortie et de consoude sur la culture des tomates. Je considère que l’apport se fait en pulvérisation sur le feuillage. On ne dépasse pas 5% d’extrait total. Par exemple au mois de juin pour un pulvérisateur de 5L on remplira 125 mL d’extrait d’ortie et 125 mL d’extrait de consoude soit 250 mL d’extraits (5%) que l’on complétera d’eau pour obtenir 5L au total.
Arrosez les plants à l’eau la veille de la pulvérisation (si besoin).

Mois Extraits d’ortie et de consoude Fréquence des pulvérisations
Mai Ortie 100% 2 fois – 3 fois si plantation début mai
Juin Ortie 50% Consoude 50% 2 à 3 fois
Juillet Ortie 50% Consoude 50% 2 fois
Août Consoude 100% 2 fois
Septembre Consoude 100% 0 ou 1 fois

Ce n’est qu’un exemple de répartition a adapter en fonction de votre culture et du stade de vos plants. Retenez simplement que pour favoriser le développement de la tige et des feuilles l’extrait d’ortie est tout indiqué. Pour obtenir de nombreux et beaux fruits l’extrait de consoude viendra compléter puis remplacer au fil de la saison l’extrait d’ortie.
Lorsque les conditions météorologiques sont favorable au développement du mildiou alternez avec une pulvérisation au bicarbonate de sodium.

Ce qui est vraiment intéressant avec les extraits fermentés c’est que vous pouvez vous permettre d’aller plus loin, pourquoi ne pas compléter ce mélange avec un extrait de prêle aux vertus minéralisantes, de quoi prévenir les maladies cryptogamiques dont le mildiou.

Autres utilisations

Pulvériser du purin de consoude sur la terre avant de disposer un mulch nutritif ou du compost. Celui-ci réactivera, si besoin, la vie microbienne du sol.

De même, si vous avez laissé une parcelle de terre nue en attendant une culture (ce que je ne conseille pas), pulvérisez du purin avant de semer, planter, ou pailler.

Lorsque vous ajoutez des déchets au compost, surtout les déchets bruns, mouillez-les avec un peu de purin de consoude ou d’ortie afin d’amorcer la transformation par les micro-organismes.

Le pur jus de consoude, un autre extrait

Pour obtenir un extrait concentré de consoude, munissez vous d’un grand récipient auquel vous rajouterez un support dans le fond. Cueillez la consoude et mettez là dans un filet, couvrez puis rajoutez un poids par dessus (une grosse brique). Pas besoin d’eau ni de brassage de votre part. 3 semaines plus tard vous obtiendrez un jus très concentré à utiliser à 2,5%.

Connaissez-vous cette plante ? L’utilisez-vous dans votre jardin ? N’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous pour partager votre expérience autour de cette plante.