Comment bien gérer l’eau au potager est une problématique que rencontre tout jardinier qui s’intéresse aux problématiques environnementales. Cet article fait l’objet d’un festival d’articles organisé par Gilles Dubus, auteur du blog Un jardin bio. Divers auteurs de sites internets écrivent un article sur ce même sujet. Il en résulte un livre numérique que vous pouvez obtenir en vous inscrivant à la lettre d’actualités de tous au potager.

Connaître son sol, l’améliorer, le protéger

1) Bien connaître votre sol détermine en partie comment vous aller gérer votre eau au potager. Trois grands types de sol sont catégorisés : Sableux, limoneux et argileux. C’est la proportion de l’élément principal qui détermine le type de sol que vous avez. Sans rentrer dans les détails sachez qu’un sol sableux retient peu d’eau tandis qu’un sol argileux en retient beaucoup plus. Quatre à cinq fois plus d’eau retenue dans le sol argileux par rapport au sol sableux et deux fois plus d’eau retenue pour les sols limoneux par rapport au sol sableux. Au potager retenez que si vous avez un sol sableux vous devrez arroser régulièrement et peu. Si vous avez un sol argileux vous arroserez moins régulièrement et en grande quantité.

2) Améliorer votre sol en apportant du compost. Le compost est riche en humus et ce dernier avec l’argile rentre dans la composition du CAH (complexe argilo humique) qui conditionne la capacité d’un sol à stocker l’eau puis à la restituer aux racines. Un sol fertile (de couleur noir, qui sent la forêt) retiendra une proportion d’eau très importante.

3) Mulchez vos plates bandes. Un mulch protège votre sol des effets desséchants du vent et du soleil. Autre atout, lors de sa dégradation il forme en partie de l’humus qui retient l’eau comme nous l’avons vu dans le point 2. Des expériences montrent qu’un potager conduit sur mulch épais de BRF peut se passer totalement d’arrosage (dans des conditions normales de pluviométrie).

4) Semez des engrais verts. Et de manière générale ne laissez pas un sol nu. Outre leurs nombreux avantages les engrais verts protègent le sol de l’érosion et de la formation des croutes de battance qui empêchent une bonne infiltration de l’eau dans le sol. De plus les engrais verts permettent de garder une bonne hygrométrie à leur proximité. Ils peuvent être cultivés au printemps et en début d’automne, deux périodes plutôt pluvieuses donc vous n’aurez pas ou peu besoin de les arroser.

5) Entretenir le « réseau » mycorhizien La plupart des plantes au potager (sauf les Brassicaceae et les Chenopodiaceae) s’associent à des champignons pour former des mycorhizes. Il se créé une interaction entre les racines de la plante et les hyphes du champignon. Les champignons apportent de l’eau et des minéraux aux racines; la plante offre en échange des sucres au champignon. On parle d’une association mutualiste. Bel exemple de collaboration vous ne trouvez pas ? On estime que la surface racinaire peut être multiplié par 10 avec les mycorhizes. Pour favoriser les mycorhizes il faut un sol vivant, ne pas utiliser de pesticides et notamment les fongicides (même les « bios ») et surtout limiter les travaux mécaniques du sol.

Identifier les besoins des plantes

6) Quelle quantité ? Toutes les plantes de votre potager n’ont pas les mêmes besoins en eau. Le chou-fleur et le céleri sont des plantes gourmandes en eau tandis que le thym en demande beaucoup moins. Il est vrai qu’au potager on ne cultive pas vraiment de plantes sobres, toutefois lorsque vous cultivez des plantes compagnes dont les fleurs vous pouvez choisir de ne pas semer les gourmandes en eau comme sont par exemple le canna et le dahlia mais plutôt des sobres comme les lavandes, les sauges, le thym etc…

7) Le stade de développement des plantes est également très important. Un manque d’humidité sur un semis ou sur une jeune plantule peut vite tourner en catastrophe alors que ce même manque d’eau sur une plante bien développée et vigoureuse aura moins de conséquences dramatiques. De même les besoins d’eau au cours de la croissance de plante sont généralement croissants. Prenons le cas de l’oignon : Les précipitations sont suffisantes pour couvrir ses besoins lors de sa végétation (moitié nord de la France) mais lors du grossissement du bulbe il faut lui apporter 3 litres d’eau par mètre carré et par jour. Un tableau récapitulatif des besoins en eau se trouve sur le site de terre vivante.

8) La profondeur d’enracinement. Certaines plantes développent des racines qui vont chercher l’eau en profondeur, lorsqu’elles sont bien développées les besoins en arrosage peuvent être réduits. C’est le cas des plantes suivantes : Aubergine, blette, betterave, carotte, céleri, choux, concombre, échalote, fève, haricot, navet, potiron, poireau, tomate.

Du matériel de suivi et de récupération

9) Suivez les précipitations. Un pluviomètre peut vous être utile au potager. Une pluie utile pour les plantes c’est 10 mm d’eau, ce qui représente 10 litres par mètre carré. En deçà de cette quantité prévoyez d’apporter un complément. Vous pouvez également suivre l’historique des précipitations sur le site climat de météo France. Vous pouvez consultez la station la plus proche de chez vous avec l’historique des précipitations des 12 derniers mois. Vous pouvez suivre la hauteur des précipitations quotidiennes et mensuelles, comparer par rapport à la normale mensuelle. Ce site est une bonne aide à la décision tout comme le pluviomètre.

10) Récupérez l’eau de pluie est une solution économique et écologique. L’eau de pluie n’est pas plus mauvaise qu’une autre eau pour l’arrosage de votre potager, vous pouvez toutefois vous faire une idée de son taux de pollution en mesurant le pH : plus il est acide et plus l’eau est probablement polluée. Investissez dans une ou plusieurs cuves de récupération et de redistribution, il en existe de toutes tailles, de 100L à 1000L, voir davantage. Récupérez des tonneaux, utilisez votre toit et gouttières pour récupérer l’eau de pluie. N’oubliez pas d’entretenir régulièrement vos gouttières pour éviter l’accumulation de débris végétaux et d’éventuels animaux morts.

Du matériel d’irrigation

Bien gérer l’eau au potager passe aussi par le matériel d’arrosage. Lesquels privilégier ?

11) Arrosez… à l’arrosoir. Pour un potager familial l’arrosoir est une solution tout à fait économique en eau. De plus en arrosant au goulot vous ne pouvez pas être plus précis. Et autre avantage vous pouvez calculer l’apport fait aux plantes. Autre conseil, dans mon potager je ne laisse pratiquement jamais un arrosoir vide, en effet vous pouvez les remplir la veille pour arroser le lendemain vos cultures, l’eau si elle vient du robinet perdra une partie de son chlore (qui est mauvais pour les cultures) et quel que soit son origine se réchauffera à température ambiante, ce qui est vraiment préférable pour vos plantes. Le bémol c’est que ça prend du temps et ce n’est pas très adapté pour les grandes surfaces mais par contre c’est un véritable plaisir, au passage de l’arrosoir vous contrôlez vos plantes et vous vous extasiez de combien elles ont poussées depuis votre dernière visite !

12) Halte au gaspillage ! Évitez les systèmes comme les asperseurs, sprinklers, véritables gaspilleurs d’eau et souvent connectés au réseau d’eau potable. De plus ces systèmes arrosent uniformément votre potager, favorisent les maladies de certaines plantes comme le mildiou de la tomate. Préférez l’utilisation de systèmes de micro irrigation. Des chiffres montrent une économie de plus de 50% d’eau par rapport aux systèmes plus classiques. Voyons en détail quelques uns de ces systèmes :

13) Le tuyau à goutteurs incorporés est percé de petits trous à intervalle régulier (30cm en général). Ils sont très utilisés dans les communes ou chez les pépiniéristes. Au potager leur utilisation est plus délicate car les trous ne tombent pas forcément au pied des cultures. Toutefois vous pouvez les utiliser pour l’arrosage des fraisiers, des framboisiers, de vos bordures ainsi qu’au verger.

Gérer l'eau au potager avec les tuyaux à goutteurs incorporés

tuyau à goutteurs incorporés

14) Le tuyau micro-poreux est idéal pour les cultures serrées et en ligne (laitues, haricots, lignes de mesclun, oignons, etc…). Le tuyau est souple, vous pouvez le faire passer entre vos plants de tomates, les plantes compagnes associées en profiteront. Il diffuse de l’eau doucement et uniformément sur toute sa longueur. Ce type de tuyau fonctionne à basse pression il faut donc parfois le coupler avec un régulateur de pression.

Le tuyau micro-poreux est excellent pour diffuser lentement l'eau dans le sol

Tuyau micro-poreux (crédit gardena)

15) Les micro-asperseurs peuvent arroser suivant les modèles à 90°, 180°, 270°, 360°. Assez dispendieux dès que l’on veut arroser une grande surface ils sont toutefois très utiles pour arroser les jeunes semis, l’arrosage est uniforme et très doux. Ils peuvent être facilement déplacés et la pression est généralement réglable. Ils ne conviennent cependant pas aux cultures sensibles aux maladies cryptogamiques comme la tomate.

Bien économiser et gérer l'eau au potager avec les micro-asperseur

Micro-asperseur (crédit gardena)

Autres techniques et un peu de bon sens

16) Un binage vaut deux arrosages. Quel jardinier n’a jamais entendu ce dicton ? Le binage à l’avantage de briser la croute de battance qui réduit la perte d’eau du sol par évaporation. Toutefois en jardinant avec du mulch vous n’aurez pas besoin de biner.

17) De l’ombrage. Mettez vos plantes à l’ombre. Des plantes tout juste transplantées vont perdre énormément d’eau le temps que leurs racines se développent dans votre sol. Protégez vos plantes du soleil est indispensable à ce stade de culture. Par exemple retournez des cagettes ou mettez des filets d’ombrage comme pour un tunnel de forçage. Autre possibilité, mettez des pergolas dans votre potager. Découvrez dans cet article une ombrière DIY faite à partir de bambous.

18) Préférez toujours un manque d’eau à un excès d’eau. L’excès d’eau sera toujours plus néfaste qu’un manque tant qu’il reste raisonnable. Cependant tant qu’à arroser, autant bien arroser ! Un mouillage de 1 ou 2 mm sera complètement inutile et s’évaporera dans l’atmosphère dès les premiers rayons du soleil. Lorsque vous arrosez une culture prenez votre temps, insistez bien et vérifiez avec vos doigts si l’arrosage à été efficace.

19) A quel moment de la journée arroser ? Si vous transplantez une plante arrosez-la au plus vite, peu importe l’heure de la journée. Pour l’arrosage régulier de vos cultures faites-le assez tôt le matin ou en soirée. Les pertes par évaporation seront réduites. Vous éviterez aussi les brûlures de vos plantes avec l’effet loupe des gouttes d’eau. Dans cet article j’ai présenté des systèmes de micro irrigation qui demandent généralement plus de temps d’arrosage car les débits sont plus faibles, prévoyez ce temps dans votre arrosage.

Quelques chiffres

20) Pour finir je voulais présenter quelques chiffres (des pratiques et d’autres qui amènent à réfléchir) :

  • Dans une cuve de 1 mètre cube vous pouvez stocker 1000 litres d’eau.
  • 1 mm d’eau c’est 1 litre par mètre carré
  • Sur terre l’eau utilisable par l’homme représente 0,61% de l’eau totale. Les lacs et rivières représentent 0,01% et les eaux souterraines représentent 0,6%
  • En France 43% des cours d’eau sont classés en bon état et moins de 10% en très bon état
  • Certaines régions comme les Pays de la Loire n’ont plus que 13% des cours d’eau en bon état.
  • l’AMPA (un produit de dégradation du glyphosate – herbicide – ou de détergents) est présent sur :
  • 85 % des points de surveillance de la qualité des cours d’eau
  • 16 % des points de surveillance de la qualité des plans d’eau
  • N’est-il pas temps de revoir profondément nos pratiques agricoles et de jardinage ?