Jeunes plants de roquette en mini-mottes multiplants, avec les racines visibles sur les faces du terreau.

Semis en mini-mottes : réussir ses plants avec un presse-motte

Le presse-motte paraît simple à utiliser : on humidifie du terreau, on presse, on sème et l’on obtient après quelques semaines des plants prêts à repiquer sans godet. En pratique, la qualité de la motte dépend de plusieurs réglages qui changent tout : la structure du substrat, son humidité, la profondeur du semis et les conditions de germination.

Après plusieurs essais en mottes de 38 mm, notamment avec la roquette et les oignons, j’ai rencontré deux difficultés très concrètes : des mottes parfois trop tassées et, sur les oignons, une levée irrégulière avec des radicules qui peinent parfois à pénétrer dans la motte. Cet article rassemble mes observations et les confronte aux pratiques utilisées en maraîchage professionnel.

Dans la suite, j’emploie mini-motte pour parler d’une motte de substrat façonnée avec un presse-motte. Une motte multiplants désigne une motte dans laquelle plusieurs plants sont volontairement conservés puis plantés ensemble. Ce n’est donc pas la même chose que semer deux graines puis éclaircir pour ne garder qu’un seul plant.

Pourquoi semer en mini-mottes ?

Le principal intérêt est de produire un plant dans un petit volume de substrat, sans pot ni alvéole plastique autour de la motte. Au moment de la plantation, il peut être nécessaire de séparer les mottes si leurs racines se sont légèrement entremêlées, mais sans avoir à extraire le plant d’un contenant.

La technique devient particulièrement intéressante quand l’espace de votre pépinière est limité. Avec des mottes de petit format, on peut installer beaucoup de plants sur une surface réduite et utiliser moins de terreau qu’avec des godets. Elle permet aussi de regrouper plusieurs plants dans une même motte pour certaines cultures, ce qui réduit encore le nombre de mottes à produire et le nombre de gestes à la plantation.

En contrepartie, une petite motte contient peu de réserve en eau. Elle pardonne moins un oubli d’arrosage, un substrat mal préparé ou une température de germination mal maîtrisée.

Plateau de mini-mottes montrant à la fois le stade semis et des plants déjà bien développés
Sur ce plateau, certaines mini-mottes viennent d’être semées tandis que d’autres portent déjà des jeunes plants bien développés.

Quel matériel et quel terreau utiliser ?

Quelle taille de presse-motte choisir ?

J’utilise principalement un presse-motte de 38 mm. Ce format me paraît polyvalent pour les cultures qui restent relativement peu de temps en pépinière, comme les laitues, chicorées, fenouils, roquette, épinards ou persil, mais aussi pour celles dont le jeune plant conserve un développement assez limité, comme les oignons.

Pour les plants qui doivent rester plus longtemps avant plantation ou qui prennent rapidement du volume, une motte plus grande peut être préférable. Pour ma part, je préfère alors passer directement en godets.

À l’inverse, les très petites mottes économisent encore davantage de substrat et d’espace, mais elles deviennent aussi beaucoup plus sensibles au dessèchement. Le choix des tailles des mottes doit donc tenir compte des espèces que vous envisagez de cultiver.

Un substrat qui tient sans devenir trop compact

C’est probablement l’un des points les plus importants. Une bonne motte doit être suffisamment cohésive pour être manipulée sans se désagréger à la plantation, tout en restant assez poreuse pour conserver de l’air, se réhumidifier correctement et permettre aux racines de coloniser facilement tout son volume. Le but n’est pas d’obtenir la motte la plus tassée possible.

Pour un jardinier amateur, un terreau pour semis et bouturage constitue une bonne base : sa granulométrie fine facilite le remplissage du presse-motte et le contact entre les graines et le substrat. Les substrats professionnels destinés aux mottes pressées vont plus loin : leur composition est spécialement étudiée pour obtenir à la fois une bonne cohésion et une porosité optimales.

Comment fabriquer de bonnes mini-mottes ?

Le mélange doit être suffisamment humide, sans être détrempé. Si le substrat est trop sec, il se compacte mal dans les compartiments du presse-motte et manque de cohésion. Les mottes s’effritent alors dès leur expulsion. Le substrat doit se lier facilement dans le presse-motte sans libérer d’eau en excès.

Remplissez complètement les alvéoles en pressant le presse-motte dans le substrat humidifié. Vous pouvez ensuite lisser la base des mottes et retirer l’excédent de terreau avec l’outil de votre choix. J’utilise pour ma part un transplantoir. S’il manque un peu de substrat dans une alvéole, vous pouvez également utiliser cet outil pour la compléter.

Le substrat doit être tassé, mais sans excès. Des mottes insuffisamment tassées peuvent se déliter plus facilement lors des arrosages ou à la plantation. À l’inverse, un tassement excessif risque de réduire la porosité de la motte.

Il ne reste alors qu’à actionner la poignée pour expulser les mottes. Si une motte s’émiette, cela peut provenir d’un substrat trop sec, d’un mauvais remplissage du presse-motte ou d’un mélange qui manque de cohésion.

L’arrosage joue également un rôle important. Sur des mottes encore peu enracinées, un jet venant du dessus peut tasser le substrat, voire les endommager. Il vaut mieux utiliser le mode brumisation du pistolet d’arrosage. Une fois les graines levées, l’arrosage par le dessous est à privilégier pour réhumidifier les mottes sans les désagréger.

Comment semer dans les mini-mottes ?

Profondeur, recouvrement et nombre de graines

Le trou formé au sommet de la motte doit être adapté à la graine. Un semis trop superficiel peut poser problème sur certaines espèces. Les recommandations professionnelles pour la production de plants en plaques indiquent notamment que les oignons semés trop près de la surface peuvent se déchausser.

Pour certaines graines, notamment celles des oignons, un recouvrement avec une fine couche de vermiculite horticole de granulométrie fine, généralement autour de 0 à 2 mm, afin de limiter le dessèchement tout en conservant un milieu poreux.

Le nombre de graines dépend ensuite de l’objectif. Semer plusieurs graines peut simplement permettre d’augmenter les chances d’obtenir une bonne levée avant éclaircissage, afin de ne conserver que la plantule la plus vigoureuse, ou au contraire servir à produire volontairement une touffe de plusieurs plants.

Température, humidité et conditions de germination

Après le semis, les mini-mottes doivent rester humides sans être détrempées jusqu’à la levée. Une mini-serre est pratique pour limiter l’évaporation, surtout avec de petites mottes, mais elle doit être surveillée : exposée au soleil, sa température peut monter très rapidement.

Avant la levée, placez la mini-serre à l’abri du soleil direct, dans un emplacement où la température reste aussi stable que possible. À ce stade, pour des graines comme celles de l’oignon, maintenir une température et une humidité favorables à la germination est plus important que de rechercher une forte luminosité.

Dès que les premières plantules apparaissent, les conditions changent. Retirez le couvercle, ou ouvrez largement la mini-serre, et placez les mottes dans un endroit très lumineux. Cela limite également l’excès d’humidité autour des jeunes plants. Continuez à surveiller régulièrement les mottes : leur faible volume de substrat les rend plus sensibles au dessèchement qu’un godet.

Les besoins varient selon les espèces. Pour adapter les conditions de semis et interpréter une levée lente, consultez mes repères sur les températures et les durées de germination des graines potagères.

Pourquoi les racines restent-elles parfois en surface ?

Quand une radicule se développe horizontalement au lieu d’entrer rapidement dans la motte, plusieurs causes sont possibles :

  • une graine placée trop près de la surface ou insuffisamment recouverte ;
  • la surface de la motte qui s’est desséchée ;
  • une motte trop tassée, notamment en surface.

Deux précautions peuvent limiter ce problème. Arrosez en brumisation, surtout avant la levée, afin de ne pas tasser davantage la surface des mottes. Pour les graines qui mettent plus de temps à germer, comme celles des oignons, recouvrez-les d’une fine couche de substrat afin de maintenir une humidité plus régulière autour de la graine pendant la germination.

Quelles plantes semer en mini-mottes ?

Les cultures conduites à un plant par motte

La mini-motte convient bien aux cultures que l’on souhaite planter individuellement, comme les laitues ou les chicorées. On peut semer une seule graine, ou deux afin d’augmenter les chances d’obtenir une belle plantule, puis n’en conserver qu’une.

  • Laitue : 1 à 2 graines, puis 1 plant.
  • Chicorée : 1 à 2 graines, puis 1 plant.
  • Fenouil bulbeux : 1 plant par motte.
  • Choux : chou pommé, chou-fleur, brocoli, kale ou chou-rave, 1 plant par motte.
  • Céleri et céleri-rave : 1 plant par motte.
  • Blette / poirée : 1 plant par motte après éclaircissage si plusieurs plantules apparaissent.

Pour les plantes qui restent plus longtemps en pépinière ou prennent rapidement du volume, comme les tomates, aubergines ou poivrons, la mini-motte peut servir de première étape avant un repiquage en godet.

Mon retour d’expérience
Il m’arrive de conserver deux plants de laitue par motte, surtout avec les variétés à couper. Cela fonctionne très bien, car on recherche avant tout une production de feuilles plutôt qu’une pomme bien formée.

Le choix de la variété et le mode de récolte comptent donc autant que le nombre de plants conservés. Retrouvez ces différences dans mon guide sur la culture des laitues pommées et à couper.

Plant de chicorée en mini-motte avec racines blanches visibles
Un seul plant de chicorée dans cette motte : les racines blanches visibles sur les côtés de la motte indiquent que la plante est bien enracinée et prête à être plantée.

Les cultures adaptées à plusieurs plants par motte

Certaines cultures supportent très bien d’être semées et plantées en petite touffe.

  • Betterave : 1 glomérule, qui peut donner plusieurs plantules.
  • Oignon à bulbe : 6 à 7 graines pour viser environ 4 à 5 plants.
  • Oignon botte : 8 à 10 graines pour environ 6 à 8 plants.
  • Épinard récolté jeune : autour de 4 graines pour 3 à 4 plants.
  • Roquette : 3 à 4 graines pour environ 2 à 3 plants.
  • Persil, coriandre ou aneth : autour de 4 à 5 graines pour viser 4 plants.

Ces densités doivent être adaptées à votre objectif de récolte et à votre espacement. Plus on augmente le nombre de plants dans la touffe, plus la concurrence augmente. Pour les légumes-racines et les bulbes, cela se traduit souvent par un calibre individuel plus petit.

Pour approfondir la conduite de quelques cultures déjà présentes sur Tous au potager : culture de la roquette, épinards d’automne et d’hiver et culture du persil.

Un plant ou plusieurs plants par motte ?

Quand éclaircir ?

Éclaircissez lorsque vous recherchez un plant individuel par motte ou lorsque plusieurs plants se feraient directement concurrence.

Quand conserver plusieurs plants ensemble ?

Le multiplant devient intéressant lorsque la culture tolère une densité plus élevée et que la touffe peut être plantée telle quelle. Le gain se fait alors à trois niveaux :

  • moins de place en pépinière ;
  • moins de substrat par plant ;
  • moins de gestes au repiquage.

Il faut toutefois adapter le nombre de plants au calibre recherché. Sur l’oignon, des essais professionnels menés aux États-Unis ont comparé deux et trois plants par motte. La configuration à trois plants augmentait la population et le rendement total dans l’essai, mais au prix d’une proportion plus faible de gros bulbes.

Quand et comment planter les mini-mottes ?

Les bons repères sur les feuilles et les racines

Je préfère raisonner en stade de développement plutôt qu’en nombre fixe de jours. Une motte est prête à être plantée lorsque le plant possède suffisamment de feuillage pour reprendre rapidement et que les racines assurent une bonne cohésion de la motte.

Les racines blanches deviennent progressivement visibles sur les côtés ou sous la motte. C’est un bon repère pour vérifier que le substrat a été correctement colonisé. Une motte suffisamment enracinée est aussi plus facile à manipuler et risque moins de se défaire au moment de la plantation.

Pour le feuillage, vous pouvez vous appuyer sur les repères habituels de chaque culture. Pour les laitues et les chicorées, par exemple, la plantation peut généralement intervenir autour de 4 feuilles vraies.

Il ne faut pas non plus attendre trop longtemps. Maintenus trop longtemps dans un faible volume de substrat, les jeunes plants peuvent commencer à manquer d’éléments nutritifs et reprendre moins facilement après la plantation.

Planter une motte multiplants sans séparer les plants

Lorsque la motte est conduite en multiplants, le principe est de conserver le groupe intact. La motte est plantée entière et les plants poursuivent leur croissance côte à côte. Les séparer au moment de la plantation ferait perdre une grande partie de l’intérêt de la méthode et risquerait d’endommager les racines déjà entremêlées.

Plus une motte contient de plants, plus la concurrence pour l’eau, les éléments nutritifs et l’espace augmente. Pour les légumes qui forment un bulbe ou une racine, comme les oignons ou les betteraves, cela peut se traduire par des calibres individuels plus petits. Mais ce n’est pas systématique : lorsque les conditions de culture sont bonnes, une même motte peut aussi produire plusieurs beaux légumes et une récolte particulièrement généreuse.

L’espacement entre les mottes peut également être augmenté lorsque plusieurs plants sont regroupés. Une motte contenant quatre betteraves ou cinq oignons n’occupe pas, à terme, le même volume qu’un plant isolé.

Pour certaines cultures, cette conduite permet aussi une récolte progressive : on peut prélever les plantes les plus développées et laisser davantage de place aux autres pour poursuivre leur croissance. C’est notamment intéressant avec les betteraves ou certains oignons récoltés jeunes.

Mes essais au potager en 2026

Roquette multiplants : 5 à 6 graines par motte

J’ai semé de la roquette le 19 août 2026 dans des mini-mottes de 38 mm, à raison de 5 à 6 graines par motte. Je n’ai pas éclairci : l’objectif était de tester une vraie conduite multiplants.

Les mottes ont été plantées sous serre le 5 septembre, soit 17 jours après le semis. Les plants portaient deux vraies feuilles, une troisième commençait à apparaître et les racines blanches formaient un début de chevelu. La reprise a été bonne. Ce délai de 17 jours reste celui de cet essai, pas une durée universelle de production.

La densité testée est plus élevée que certaines pratiques qui préconisent plutôt 3 à 4 graines de roquette par motte. Au 1er octobre, les touffes produisent bien et j’ai déjà réalisé quelques récoltes feuille à feuille. Cette récolte feuille à feuille permet aussi d’alléger progressivement les touffes tout en laissant les plants poursuivre leur production.

Le détail de la conduite est également intégré dans ma fiche consacrée à la roquette.

Six photos datées montrant la roquette du semis en mini-mottes à sa croissance au potager, du 19 août au 16 septembre.
Évolution de la roquette semée le 19 août 2026 en mini-mottes multiplants, plantée le 5 septembre et photographiée jusqu’au 16 septembre, soit 28 jours après le semis.

Oignons : améliorer la levée et l’enracinement

Sur mes premiers semis d’oignons, j’ai observé une levée peu homogène et certaines radicules semblant hésiter à pénétrer dans les mottes. J’ai donc modifié plusieurs paramètres sur un nouveau semis réalisé le 29 septembre 2026.

  • ajout d’environ 10 % de sable au terreau ;
  • trous de semis légèrement plus profonds ;
  • 4 à 5 graines par motte ;
  • recouvrement avec le mélange terreau-sable ;
  • pulvérisation après semis ;
  • installation dans une mini-serre, protégée du rayonnement direct par une toile horticole verte.

Le jour du semis était chaud. J’ai relevé 32,2 °C dans la mini-serre, ce qui est trop élevé pour rechercher une levée homogène des oignons. Après déplacement sous la table de semis, la température ne monte plus au delà de 27°C. Le suivi des minima et maxima va donc faire partie intégrante de cet essai.

Je veux notamment vérifier trois choses : l’homogénéité de la germination, la manière dont la radicule pénètre dans la motte et le nombre réel de plants obtenus pour 4 à 5 graines semées. Ce sont ces observations, plus que la simple apparence des plants, qui permettront de juger si les modifications sont réellement utiles.

Avantages, limites et erreurs à éviter

Après ces premiers essais, je retiens surtout que le presse-motte n’est pas une technique difficile, mais qu’il demande de trouver un équilibre. Une motte doit être cohésive sans être trop compacte, humide sans être détrempée, et assez petite pour économiser du substrat sans devenir impossible à maintenir humide.

  • Ne tassez pas excessivement le substrat dans le presse-motte pour compenser un mélange peu cohésif.
  • Ne laissez pas les petites mottes sécher complètement : une fois sèches à cœur, elles sont plus difficiles à réhumidifier correctement.
  • Surveillez la température sous une mini-serre autant que l’humidité. Par forte chaleur, il peut être préférable de faire germer les semis dans un endroit plus tempéré, puis de les placer à la lumière dès la levée.
  • Adaptez la profondeur du semis et le recouvrement à la graine.
  • Ne confondez pas plusieurs graines semées pour augmenter les chances de levée avec une véritable conduite multiplants.
  • Observez les racines autant que les feuilles : elles renseignent sur la qualité de la motte et aident à déterminer le bon moment pour planter.

La technique devient particulièrement intéressante lorsqu’elle est ajustée culture par culture. C’est aussi ce que je souhaite continuer à documenter : non seulement combien de graines semer, mais surtout combien de plants conserver, à quel stade planter et quel effet cela produit jusqu’à la récolte.

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